vendredi 3 décembre 2010

Salta

Samedi 13 novembre – Salta

Matinée tranquille, je zappe le petit dej pour faire une grasse mat et nous quittons l’hôtel à 11h. Une petite demi-heure de marche pour atteindre la gare bondée, nous trouvons après avoir perdu un peu de temps la compagnie qui dessert Salta où nous voulons nous rendre, et nous attendons notre bus de midi. On nous a dit « il n’y a pas de numéro de quai précis, repérez le bus qui indique Salta sur le pare-brise ». C’est une première, même en Bolivie les bus ne sont certes pas du tout à l’heure mais ils respectent les quais. Ce qui devait arriver arriva, à 11h58, une demi-douzaine de bus de la même compagnie arrivent en même temps de partout, se garent de tous les côtés de la gare et des centaines de passagers se précipitent en même temps. On galère, Nico va et vient pour essayer de trouver le bon, on commence à craindre de le rater mais finalement on y arrive.

Le trajet dure deux heures qui se passent presque sans encombre à part qu’il fait un froid glacial, la clim est poussée à fond. En plus nous avons droit à « Mes beaux-parents et moi » en espagnol. Déjà que ce n’est pas très fin quand on comprend les dialogues, le côté uniquement visuel est encore pire.
On en profite pour faire le bilan avec Nico : nous n’avons pas eu un seul trajet de bus depuis l’Equateur dont nous n’aurions pas eu à nous plaindre de quoi que ce soit. Ça commence  à faire beaucoup, sachant que plusieurs trajets d’une vingtaine d’heures nous attendent dans les deux prochaines semaines, l’Argentine a intérêt à tenir sa réputation en la matière.

Nous arrivons à Salta en début d’après-midi, sous un soleil de plomb. On s’équipe de tous nos sacs et c’est parti pour la marche. Nous sommes désormais dans des pays plus chers, on ne peut plus utiliser les taxis systématiquement…. Au bout de 3/4h on se fait jeter de l’hôtel que nous avions prévu : complet. Son voisin, idem. On marche encore 1/4h et on trouve enfin une chambre dans un hôtel bien placé, pas cher et propre mais très vieillot et décrépi. Mais la chambre est au bout du bout de ce grand bâtiment donc calme, on est fatigués, on prend.
Je fais une énorme sieste pendant que Nico part à la découverte de la ville. Il se pose dans un café sur la place principale et profite du beau temps.

Nous avons décidé d’aller dans une peña en ce samedi soir, c’est-à-dire un bar/restaurant dans lequel des musiciens jouent de manière plus ou moins improvisée. C’est la spécialité de Salta, et l’hôtel est en plein cœur du quartier. Mais, sur les conseils du charmant réceptionniste de l’hôtel (décidément, beaucoup de beaux gosses ces derniers temps) nous prenons un taxi pour la sortie de la ville et une peña plus authentique.
Au premier abord nous sommes un peu sceptiques, nous sommes dans un quartier résidentiel et cette grande maison est certes bien éclairée et comporte le panneau « La Casona del Molino » mais on ne la distingue pas nettement de ses voisines. On monte les quelques marches et on aperçoit deux salles en enfilade totalement vides. Oooh mais serait-ce un traquenard ? Le serveur qui nous accueille nous demande si on souhaite être à l’intérieur ou dans le patio. Ah il y a donc un patio. Toujours pas très sûrs d’avoir envie de rester, on le suit et nous découvrons une cour sous les arbres avec de nombreuses petites tables dont la moitié est occupée.

Nous sommes non seulement soulagés mais totalement séduits. L’ambiance est top, il fait bon, et à regarder dans les assiettes des voisins on va certainement bien manger.
On choisit une parillada pour deux, c’est-à-dire un assortiment de viandes grillées et une bouteille de vin.
La soirée sera finalement parfaite. La viande, qui est préparée sur l’immense barbecue dans un coin du patio, est parfumée et bien cuite, succulente, les accompagnements accompagnent bien, le vin est bon, la musique commence en cours de repas grâce à deux hommes qui s’installent sous un arbre, accompagné par un monsieur à la voix magnifique dont on ne sait pas s’il les connait ou pas. Nico répète sans cesse qu’on est bien, je ne peux qu’acquiescer. On se prend à penser qu’un pays avec une vraie gastronomie ça a quand même du bon… On attendait les barbecues argentins avec impatience, on commence sur les chapeaux de roue.
 
Beaucoup de viande



Arrivés vers 22h, on s’aperçoit que les Argentins dînent aussi tard qu’ils en ont la réputation, lorsque nous partons vers 00h30, certains ne font qu’arriver.

On rentre repus et bien contents.

Dimanche 14 novembre – Salta


On confirme le schéma de ces derniers jours : je fais une grasse mat pendant que Nico va prendre tranquillement son café.
En fin de matinée, on se dirige vers le MAAM, le Museo de Archeologia de Alta Montaña, qui présente avec une muséographie vraiment parfaite les résultats des découvertes de 1999 sur le sommet du volcan Llullaillaco à plus de 6700m.  Menée par le même archéologue que celui qui a découvert le corps que nous avons vu à Arequipa au Pérou, l’équipe a trouvé ceux de trois enfants incas sacrifiés, un garçon et une fille de six ans et une adolescente de quinze ans. La première partie du musée explique bien entendu le contexte mais surtout environ 160 objets qui ont été trouvés dans les tombes. Nous en avions vus qui paraissaient bien conservés mais ici c’est une autre dimension. Ils paraissent avoir été fabriqués hier. En particulier les plumes qui décorent les coiffes, les sacs et les figurines sont resplendissantes, avec des couleurs très vives et une forme parfaite. Les tissus ont l’air pratiquement neufs, les fibres sont impeccables.
Ensuite un corps est exposé, les trois alternant tous les six mois. Cette fois c’est celui de la petite fille. Comme la dernière fois, je suis très mal à l’aise. Les trois sont les mieux conservés de tous ceux découverts congelés dans les Andes et celui-ci ne fait pas exception. Le visage est comme endormi bien qu’un peu crispé, la peau est là, tous les cheveux, avec deux fines tresses sur le devant, les habits parfaits et on distingue les bras et les mains. C’est une expérience très spéciale.
Les photos des deux autres corps sont encore plus marquantes, je n’aurais probablement même pas pu les regarder s’ils avaient été exposés.
Pour ce qui est du contexte historique et religieux de ces sacrifices, vous pouvez lire ce que j’avais écrit lors de notre visite du musée d’Arequipa. Ils ont eu lieu dans des pays aujourd’hui distincts mais à l’époque il s’agissait de l’empire inca qui s’étendait sur tous les pays de la région et tous les enfants ont fait partie des mêmes cérémonies.
Une petite partie du musée est consacrée à la « Reina del Cerro », une momie volée dans les années 20 qui est passée entre de nombreuses mains avant d’atterrir dans ce musée. Encore une vision qui met mal à l’aise, d’autant plus que cette fois c’est une momie à proprement parler donc moins bien conservée.
La fin de la visite porte sur d’autres sujets autour des volcans et de leur importance pour les Incas.

On se pose à la terrasse du restaurant du musée, attirés par le serveur sympa et le wifi. Mauvais choix, mauvais repas, jusqu’au café.

On part en balade pour découvrir cette ville qui plait beaucoup aux touristes. Effectivement, le temps est agréable, les rues commerçantes sont piétonnes, la vie nocturne est sympa, on comprend. En revanche elle est censée être l’une des villes coloniales les mieux conservées, mmmh on a vu mieux, notamment à Quito.



En fin d’après-midi nous nous posons dans un des cafés de la Plaza 9 de Julio, la place principale de la ville, où nous allons squatter pendant 5h… Verres à répétition, dîner, tout y passe. J’essaie de rattraper mon retard sur le blog, on prépare les prochaines étapes du voyage, le temps passe vite. Foot à gogo sur les écrans, Nico n’en demandait pas tant.



Retour hôtel, où le réceptionniste de nuit est Français. Il est arrivé il y a 3 ans pour une bourse, il n’est jamais reparti. Il apprécie la douceur de vivre salteña.
Il nous parle des deux fanatismes de la ville : d’abord le foot, avec des matchs de l’équipe de 4ème division de Salta qui déchainent les supporters comme si c’était la finale de Ligue des Champions, et ensuite la religion, la région étant connue pour sa dévotion. Il nous raconte qu’il avait une émission de radio avec des amis de Buenos Aires mais qu’ils ont été chassés de l’antenne sur demande du diocèse après avoir réagi à un titre de journal annonçant « Retour de la pédophilie » en expliquant que bien sûr puisque les enfants allaient au catéchisme…
Il nous précise également que les Argentins du Nord sont extrêmement machos, du genre «Toi tu restes à la maison, tu fais des enfants et des empanadas, pendant ce temps moi je vais faire du cheval ». On est morts de rire.
Sinon à part ça il adore !

Bref, expérience tranquille à Salta, découverte réussie des peñas, demain nous descendons un peu plus au sud vers Cafayate, la région viticole.

Salta c'est... comme ça!

Toutes les photos sont LA.

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