mardi 15 février 2011

Ushuaia: canal de Beagle

Dimanche 19 décembre – Ushuaia

Grasse mat et déjeuner dans un resto pas terrible.
L’aprem est consacrée à une balade en bateau sur le canal de Beagle, à quatre puisque Gaghoo et Raph l’ont faite hier.

Nous nous présentons à l’heure convenue à l’embarcadère. Nous sommes une bonne quinzaine. Il fait moche mais on est contents, on va se promener sur le canal. Mais avant même d’atteindre le bateau, on avait eu le temps de détester un couple de bourrins récalcitrants à la politesse et de sortir un « He gros con, tu pourrais dire pardon ». Hum hum, ça promet ! L’installation dans le bateau ne vaut pas mieux, c’est pitoyable avec une course aux meilleures places et étalage de bras histoire que personne ne s’installe à côté. On décide d’être au-dessus de tout ça et de laisser filer. Mmmh en vrai non, en réalité on trouve de petites mesquineries pour faire chier les cons, c’est petit mais c’était ça ou les passer par-dessus bord.

Mais tout cela ainsi que le ciel gris sont effacés largement par cette super aprem.

D’abord les lions de mer, posés en masse informe sur leur rocher avec leurs potes les cormorans. A la Péninsule Valdès ils paraissaient bien plus dynamiques que les éléphants mais je pense que c’était histoire de faire leurs intéressants car là sans éléphants ils adoptent volontiers leur comportement moulesque. De quoi piquer quelques fous rires à voir leur tête à notre approche, même pas soucieux de la soulever, à peine daignent-ils ouvrir une paupière et jeter un œil, sans rien bouger d’autre, ce serait trop d’effort.










Les cormorans sont également très présents.


Point le plus oriental de notre croisière, le phare des Eclaireurs, une des images carte postale d’Ushuaia, avec son costume rayé rouge et blanc, qui marque l’entrée du canal.












Pour finir, nous accostons sur une île en face d’Ushuaia pour aller faire une promenade. Notre guide, totalement adorable, gentil, doux et connaissant bien son sujet, nous explique l’histoire de la région, les plantes, les modes de vie etc.









La Terre de Feu a été peuplée par plusieurs tribus dont chacune ne vivait que sur quelques-uns des îlots donc des populations très restreintes et très localisées.
La plus connue est la tribu Yamani (« Chamani » en argentin avec leur manie de tout chochoter) dont les membres vivaient nus. Oui nus, sans vêtements, dans cette région totalement hostile avec des -30° l’hiver. Explication : ayant un contact permanent avec l’eau, ils ne pouvaient pas se permettre d’avoir des vêtements qui seraient alors constamment mouillés ou humides. Ils se couvraient plutôt la peau avec de la graisse de phoque, ce qui les imperméabilisait en quelque sorte. Ils ne se contentaient pas de la graisse comme doudoune, ils en mangeaient aussi beaucoup, histoire d’avoir de l’énergie. Bon appétit. Ils étaient nomades, vivant dans leur bateau au milieu duquel les enfants étaient chargés de surveiller le feu, oui car ils conservaient un feu allumé dans une embarcation pourtant en bois, qu’ils protégeaient en plaçant le feu dans un os de baleine par exemple.
Le partage des tâches était tout à fait équitable : l’homme était à l’avant du bateau avec le harpon, la femme se contentant de ramer à l’arrière pour propulser toute la maison et ses habitants, et une fois la proie chassée c’est elle qui plongeait dans l’eau glacée, nue, pour la récupérer. Je vous propose de retourner à ce mode de fonctionnement, j’adore.
La partie la plus marrante concerne la langue. Elle est entrée au Guiness Book des Records comme la langue la plus riche du monde. Cela signifie qu’il existe des mots pour dire tout et n’importe quoi. Exemples : il existe un verbe qui signifie « manger des moules OU faire manger des moules à quelqu’un d’autre OU le lieu où on mange des moules OU laisser des moules immangées » et encore deux ou trois autres nuances. Un autre pour dire « attendre quelqu’un, le voir arriver, mais finalement décider de ne pas faire ce qu’on devait faire ensemble ». Encore un autre pour « porter une lance mais finalement ne pas s’en servir ». Enfin le préféré de Nico « aller très loin vers l’Ouest, ou une baie très éloignée, et s’y installer ». Tout ça est tiré du dictionnaire yamani-anglais qui était à dispo sur le bateau, écrit par un pasteur anglais au 19ème. On a totalement trippé sur cette langue, qui désormais source de pas mal de blagues entre nous, tant et si bien que j’ai acheté le dictionnaire en ville. C’est certainement le dictionnaire qui a le potentiel pour être le plus drôle du monde. Mais bon il est aussi possible que les amis yamani du pasteur se soient un peu foutus de lui: la plupart des îles, baies etc du canal portent des noms en langue indigène, les multiples explorateurs occidentaux ayant cartographié la région en embarquant en général un local qui leur indiquait le nom de tel ou tel endroit qu’on lui désignait. Il y a donc une baie dont le nom signifie « Je ne comprends pas » en yamani, réponse du Yamani à la question de l’explorateur. Donc on peut facilement imaginer que le pasteur machin-chose du dictionnaire ait compris totalement n’importe quoi. Mais peu importe, ça reste un vrai bonheur de lecture et une source inépuisable de délires.
Bref, je vous passe le reste de l’histoire yamani, mais tout cela était fort intéressant.
Ah oui il ne reste qu’une seule Yamani de sang pur, elle a 82 ans, donc c’est la fin de ce peuple.
La langue a été transmise et on sent qu’Ushuaia cherche à retrouver ces racines (ou à trouver un nouvel argument commercial) en mettant en avant cet aspect de la culture de la région mais plus de témoin direct très bientôt.

En fin de croisière, on nous offre un petit verre de liqueur de café, que je déguste tranquillement sur le pont en trinquant al Fin del Mundo.


La mer est noire...
Piste d'atterrissage de l'aéroport, classe!

Approche de la ville
Pour finir, on nous distribue des numéros, et le capitaine en tire un au sort. Nico gagne le drapeau du bateau ! He he.


On termine cette journée qui nous a plongés dans le cœur de la Tierra del Fuego par un repas totalement authentique et traditionnels : des burgers dégueulasses à la viande reconstituée. Pourtant, très méfiants, on avait bien saoulé le serveur en lui demandant si c’était un steak de viande pure, « solo carne » etc, lui incrédule nous répondant qu’évidemment. Tsss.

Les autres photos sont LA.

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