Lundi 14 au dimanche 20 mars - Elephant Nature Park
Ici Viviane, votre bloggeuse habituelle, de retour après une petite pause imprévue qui m’a ramenée en France du 1er au 11 mars. Je ne vais pas m’étendre sur les mille raisons de ce retour, mais pour faire simple j’ai eu une période de moins bien au moral, car une des grandes leçons de ces derniers mois aura été que voyager ce n’est pas toujours des vacances. Evidemment, découvrir c’est absolument magnifique et on mesure sans cesse notre chance de pouvoir le faire pendant dix longs mois, mais c’est fatiguant au quotidien. Pas le même stress, pas les mêmes coups au moral que dans notre vie sédentaire, mais une autre sorte de ras-le-bol parfois. Je sentais que j’avais besoin d’un break dans un environnement familier, sans forcément rien faire de spécial à part me replonger dans un quotidien sans surprises et voir une poignée de personnes.
Bref, bien m’en a pris puisque la décision a l’effet escompté : reboostée, contente de finir le voyage avec cette partie asiatique, prête à profiter de ces trois mois restants.
Le retour est d’autant plus motivant qu’il commence par ma semaine tant attendue à l’Elephant Nature Park.
Le retour est d’autant plus motivant qu’il commence par ma semaine tant attendue à l’Elephant Nature Park.
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| ©Bernadette |
Je reprends donc la main sur la rédaction du blog, après l'intermède Nico, que vous avez certainement apprécié, mais je sais que je vous ai manqués n'est-ce pas! Et pour fêter mon retour, quoi de mieux qu'un record de longueur de post? On passe aux choses sérieuses, autant Nico faisait dans la sobriété en termes de détails, autant là c'est la fête, le tout pour un post SPA, aie aie aie. Prenez votre respiration, et ce n'est que la première partie !!!
En effet, je tiens particulièrement, encore plus que d’habitude, à détailler l’activité du Centre car je trouve que c’est un très beau projet à vous présenter, que le but principal à l’accueil de volontaires est justement d’entretenir le bouche-à-oreille sur le sujet, et qu’enfin je veux me souvenir des détails de mon séjour. J’espère que je réussirai à en garder quelques-uns d’entre vous jusqu’au bout.
Prologue : pourquoi les éléphants ?
En 2004, je passe quelques semaines en Thaïlande en stage. Durant un week-end, je pars visiter Ayutthaya avec ma famille d’accueil. Dans cette zone ultra-touristique, nous ne manquons pas de tomber sur des éléphants. Ce sont des attractions incontournables dans les pays de la région. L’activité principale, comme ici, c’est le trekking c’est-à-dire une balade à dos d’éléphants sur un siège en bois. Pas pour nous cette fois, on se contente de les approcher et d’acheter un petit sachet de nourriture. Alors que je le nourris, le mahout (nom thaï pour cornac) lui indique de me faire un bisou. Je me retrouve donc avec une joue aspirée par la trompe de l’éléphant. Ca pue, c’est gluant, mais c’est marrant.
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| ©Jez |
Bizarrement, alors que je ne suis pas spécialement amoureuse et à l’aise avec les animaux (je les aime bien hein, mais je ne suis pas du genre à militer pour leurs droits etc), cette fois, ce premier contact avec ces grosses bestioles me fait quelque chose et j’ai un vrai coup de cœur. Un animal si gigantesque mais avec des yeux si doux qui semblent pleurer tout le temps, très lent, ça me touche.
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| ©Bernadette |
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| ©Bernadette |
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| ©Bernadette |
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| ©Bernadette |
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| ©Bernadette |
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| ©Bernadette |
Mon seul autre contact pendant ce séjour est à la terrasse d’un restaurant lorsque j’ai vu un tout petit éléphant s’arrêter devant chaque établissement pour proposer avec sa trompe les fameux sachets de nourriture à lui donner. On paie un peu et on peut le nourrir et prendre une photo avec lui. Parfois le mahout lui fait faire un tour (un « trick ») ou deux, comme un bisou etc. Je sens que c’est un truc de touriste à la con mais pas d’avis particulier sur la situation de l’éléphant en lui-même.
Quand on a commencé à parler de tour du monde avec Nico, ma toute première idée a été de profiter de mon passage dans la région pour en découvrir plus sur les éléphants. Je me renseigne et je trouve quelques centres en Thailande et au Laos qui permettent de passer un ou plusieurs jours avec les animaux. Je creuse la question avant de soumettre l’idée à Nico. « Ah non moi ça ne m’intéresse pas du tout, j’en ai rien à foutre des éléphants ». Ok, au moins c’est clair. « Peut-être que je pourrais le faire pendant que tu visites autre chose puisque je connais déjà les sites ? » « Ah ben si on commence comme ça c’est pas la peine de voyager ensemble ». Ok, au moins c’est clair. Je laisse tomber.
Soirée de départ et de mes 30 ans en août juste avant notre départ. Totale surprise, Nico a proposé aux amis de m’offrir cette fameuse semaine avec les éléphants. Je ne m’y attendais tellement pas que je ne réalise pas trop mais en tous cas je suis très contente. Merci Nico !!!
Au fait, quelques mois plus tard, il se dit que c’est la meilleure idée du siècle car ça lui permet de se débarrasser d’un boulet qui se plaint tout le temps de la chaleur pour profiter tranquillement des vieilles pierres sous le cagnard.
Je reprends donc mes recherches et mon choix se porte sur l’Elephant Nature Park. Argument en sa faveur : pas de spectacle organisé avec les éléphants. Pour l’instant je ne sais pas trop ce que ça implique, je sais juste que je ne me sens pas très à l’aise à l’idée de me produire devant un foule d’autres touristes. Décision qui s’avèrera judicieuse.
Concrètement, il faut ensuite que je m’inscrive. Pour cela, beaucoup de précautions sont prises : le Centre demande de remplir un questionnaire de motivation, un mini-CV etc. Il prend soin de prévenir qu’il s’agit de volontariat dans des conditions basiques, qu’il y a du travail ingrat etc. Pas de souci pour moi.
Découverte de l'ENP
Lundi 14 mars : Arrivés à Chiang Mai la veille, nous avons rendez-vous à 8h au bureau de l’organisation en ville. Enregistrement, réception d’un T-shirt marqué « Volunteer » etc. En attendant le départ, on observe bien sûr le reste du groupe. Ca va, bonnes premières impressions. Enfin pour moi car on remarque rapidement qu’il n’y a QUE des anglophones. « Aaaah tu vas être contente de parler anglais toute la semaine ! Et bien moi je suis content de ne pas avoir à le faire ! Qu’est-ce que je déteste cette langue…».
Effectivement, notre groupe d’une vingtaine de personnes ne comptera que 4 non-anglophones, Européens il se trouve : 2 Françaises, un Hollandais et une Allemande. Sinon Anglais, Américains et Australiens. Mais très sympas dans l’ensemble, et chanceux d’être aussi peu nombreux car certaines semaines comptent 40 ou 50 personnes, ce qui est beaucoup trop pour connaître tout le monde et surtout je me demande comment le travail est organisé dans ces conditions…
Nous sommes accueillis par l’équipe de coordination des volontaires : Chet, Sai et Chai, chacun son style, fofolle pour le premier, drôle à l’asiatique pour le second et charmeur pour le troisième, mais tous les trois adorables, serviables, disponibles et increvables.
On nous explique le contexte et le programme.
Situation des éléphants d’Asie : Phajaan et exploitation
Quand on a commencé à parler de tour du monde avec Nico, ma toute première idée a été de profiter de mon passage dans la région pour en découvrir plus sur les éléphants. Je me renseigne et je trouve quelques centres en Thailande et au Laos qui permettent de passer un ou plusieurs jours avec les animaux. Je creuse la question avant de soumettre l’idée à Nico. « Ah non moi ça ne m’intéresse pas du tout, j’en ai rien à foutre des éléphants ». Ok, au moins c’est clair. « Peut-être que je pourrais le faire pendant que tu visites autre chose puisque je connais déjà les sites ? » « Ah ben si on commence comme ça c’est pas la peine de voyager ensemble ». Ok, au moins c’est clair. Je laisse tomber.
Soirée de départ et de mes 30 ans en août juste avant notre départ. Totale surprise, Nico a proposé aux amis de m’offrir cette fameuse semaine avec les éléphants. Je ne m’y attendais tellement pas que je ne réalise pas trop mais en tous cas je suis très contente. Merci Nico !!!
Au fait, quelques mois plus tard, il se dit que c’est la meilleure idée du siècle car ça lui permet de se débarrasser d’un boulet qui se plaint tout le temps de la chaleur pour profiter tranquillement des vieilles pierres sous le cagnard.
Je reprends donc mes recherches et mon choix se porte sur l’Elephant Nature Park. Argument en sa faveur : pas de spectacle organisé avec les éléphants. Pour l’instant je ne sais pas trop ce que ça implique, je sais juste que je ne me sens pas très à l’aise à l’idée de me produire devant un foule d’autres touristes. Décision qui s’avèrera judicieuse.
Concrètement, il faut ensuite que je m’inscrive. Pour cela, beaucoup de précautions sont prises : le Centre demande de remplir un questionnaire de motivation, un mini-CV etc. Il prend soin de prévenir qu’il s’agit de volontariat dans des conditions basiques, qu’il y a du travail ingrat etc. Pas de souci pour moi.
Découverte de l'ENP
Lundi 14 mars : Arrivés à Chiang Mai la veille, nous avons rendez-vous à 8h au bureau de l’organisation en ville. Enregistrement, réception d’un T-shirt marqué « Volunteer » etc. En attendant le départ, on observe bien sûr le reste du groupe. Ca va, bonnes premières impressions. Enfin pour moi car on remarque rapidement qu’il n’y a QUE des anglophones. « Aaaah tu vas être contente de parler anglais toute la semaine ! Et bien moi je suis content de ne pas avoir à le faire ! Qu’est-ce que je déteste cette langue…».
Effectivement, notre groupe d’une vingtaine de personnes ne comptera que 4 non-anglophones, Européens il se trouve : 2 Françaises, un Hollandais et une Allemande. Sinon Anglais, Américains et Australiens. Mais très sympas dans l’ensemble, et chanceux d’être aussi peu nombreux car certaines semaines comptent 40 ou 50 personnes, ce qui est beaucoup trop pour connaître tout le monde et surtout je me demande comment le travail est organisé dans ces conditions…
Nous sommes accueillis par l’équipe de coordination des volontaires : Chet, Sai et Chai, chacun son style, fofolle pour le premier, drôle à l’asiatique pour le second et charmeur pour le troisième, mais tous les trois adorables, serviables, disponibles et increvables.
On nous explique le contexte et le programme.
Situation des éléphants d’Asie : Phajaan et exploitation
L’éléphant d’Asie a une place importante dans la culture traditionnelle des pays où il vit. C’est un animal dont on trouve l’image absolument partout dans les temples et monuments historiques. C’était un moyen de transport, de travail, de parade, sans compter une dimension sacrée. En Thaïlande par exemple, encore aujourd’hui, les éléphants blancs (albinos) deviennent automatiquement la propriété du roi et sont rassemblés dans un centre qui lui appartient.
Je ne m’étais jamais posé la question de savoir comment cet animal immense, puissant et sauvage (on a tous vus des documentaires sur des villageois qui en avaient peur car les éléphants saccagent les champs et détruisent les maisons en recherche de nourriture) était domestiqué. Ils semblent tellement calmes quand on les voit qu’on se dit qu’ils deviennent dociles à force d’éducation etc.
Un éléphant mange 200 à 250 kg de nourriture par jour. Dans la nature il se débrouille tout seul, normalement sans aucune interaction particulière avec les humains. En revanche, à partir du moment où il est la propriété de quelqu’un, il faut trouver cette nourriture. Soit c’est un animal de compagnie à qui son riche propriétaire a les moyens de payer cette gloutonnerie, soit il faut une activité économique qui permette de la financer. Pendant des siècles, c’était le « logging », l’exploitation forestière. Les éléphants étaient employés pour finir l’abattage des arbres et surtout transporter les troncs, soit en les poussant avec la tête et surtout en les tirant au bout de chaînes fixées sur un harnais. Quel outil parfait pour cela, avant l’apparition des bulldozers.
Problème : le logging est interdit en Thaïlande en 1989. Des centaines ou des milliers d’éléphants se retrouvent sans travail, ou plutôt sans justification d’existence aux yeux de leurs propriétaires. Ils deviennent des bouches à nourrir.
Je ne m’étais jamais posé la question de savoir comment cet animal immense, puissant et sauvage (on a tous vus des documentaires sur des villageois qui en avaient peur car les éléphants saccagent les champs et détruisent les maisons en recherche de nourriture) était domestiqué. Ils semblent tellement calmes quand on les voit qu’on se dit qu’ils deviennent dociles à force d’éducation etc.
Un éléphant mange 200 à 250 kg de nourriture par jour. Dans la nature il se débrouille tout seul, normalement sans aucune interaction particulière avec les humains. En revanche, à partir du moment où il est la propriété de quelqu’un, il faut trouver cette nourriture. Soit c’est un animal de compagnie à qui son riche propriétaire a les moyens de payer cette gloutonnerie, soit il faut une activité économique qui permette de la financer. Pendant des siècles, c’était le « logging », l’exploitation forestière. Les éléphants étaient employés pour finir l’abattage des arbres et surtout transporter les troncs, soit en les poussant avec la tête et surtout en les tirant au bout de chaînes fixées sur un harnais. Quel outil parfait pour cela, avant l’apparition des bulldozers.
Problème : le logging est interdit en Thaïlande en 1989. Des centaines ou des milliers d’éléphants se retrouvent sans travail, ou plutôt sans justification d’existence aux yeux de leurs propriétaires. Ils deviennent des bouches à nourrir.
Quatre options apparaissent :
1. le logging illégal en Thaïlande ou légal de l’autre côté des frontières (Birmanie en particulier) ;
2. le tourisme, qui est aujourd’hui incontournable : principalement trekking et « street-begging » (mendicité) mais aussi se multiplient les spectacles avec des démonstrations de peinture, musique, foot, polo et j’en passe, pour l’amusement des touristes ;
3. la procréation forcée ;
4. et enfin l’abandon qui se termine soit par la mort si l’animal ne sait pas se nourrir seul, ou la liberté dans la forêt. C’est rare car cela signifie pour le propriétaire qu’il perd tout son investissement.
Absolument tous les « métiers » nécessitent la même chose en terme de domestication : l’éléphant doit obéir au doigt et à l’œil à son mahout, pouvoir faire des gestes précis à la demande, que ce soit pousser ou tirer des troncs, rester immobile pendant que des touristes montent sur son dos, lever la patte, tenir un pinceau avec la trompe, aller à gauche, aller à droite, taper dans un ballon etc.
Pour la suite, je vous préviens, c’est de pire en pire dans le glauque, donc je vous déconseille de lire ça pendant le petit-déjeuner ou la pause déj, ça coupe un peu l’appétit.
La solution d’apprentissage traditionnelle, pratiquement unique et systématique est le « Phajaan ». Je sais que ça sonne très BB de dire ça, mais honnêtement difficile de faire autrement après en avoir vu une vidéo : c’est tout simplement de la torture.
Les bébés de quelques mois sont séparés de leur mère, encore dépendants d’elle, sont enfermés dans une cage en bambou trop petite pour eux et y passent plusieurs semaines. Le but, les mater, leur casser toute volonté, leur faire comprendre qui est le boss. Pour cela, tous les moyens sont bons : privation de sommeil et de nourriture, les brûler et surtout l’emploi sans retenue de l’instrument du mahout (dont je ne me souviens pas du nom), une lame courbe au bout d’un long bâton, une sorte de serpe. Cela devient l’instrument de contrôle de l’éléphant pendant le phajaan puis tout au long de leur vie d’animal domestique. Pour leur apprendre à lever la patte, hop un coup de lame. Il ne comprend pas, hop un autre coup. Jusqu’à ce qu’il comprenne. Une fois domestiqué, il y en a moins besoin normalement, mais tous les mahouts en portent un quand même et ils n’hésitent pas dès que l’éléphant n’obéit pas. Cibles suprêmes : les yeux et l’intérieur des oreilles.
En gros, c’est la boucherie.
Personne n’est certain si TOUS les éléphants domestiqués en sont passés par là. Peut être que quelques uns, nés dans un environnement domestiqué et en présence d’humains, peuvent apprendre sans le phajaan, mais il semblerait que ce soit très rare. On peut considérer que c’est le mode de domestication quasi-systématique. Alors bien sûr, il est hors de question, pour le business, que les touristes en apprennent trop sur la question. Même pour nous, un extrait d'une vidéo tournée par la fondatrice de l'ENP, très rare, nous a été projeté, mais contre décharge, en nous prévenant qu’on pouvait sortir si on ne voulait pas regarder, et qu’on ne pouvait pas la voir en intégralité car les relations sont sur le fil du rasoir entre le Centre et les autorités qui pensent que trop d’information est mauvais pour les affaires, donc qu’on nous en montrait seulement 2 minutes discrètement mais qu’ensuite c’était trop risqué si cela se savait.
Je voulais poster la video mais c'est difficile étant donné le volume. Croyez moi sur parole: je n'ai pas pu regarder l'écran en face pendant de longs moments pendant la projection et les réactions dans la salle étaient sans retenue. Un éléphant a la carrure pour pousser des cris puissants, même bébés, et ces cris atroces alors qu'il essaie d'éviter les coups, de se dégager de la cage, les blessures ignobles, le sang, les yeux exorbités, les images infrarouge de l'éléphant qui commence à devenir fou de ne pas pouvoir dormir, c'est très difficile à supporter.
Une fois maté, l’éléphant commence à travailler.
Les bébés de quelques mois sont séparés de leur mère, encore dépendants d’elle, sont enfermés dans une cage en bambou trop petite pour eux et y passent plusieurs semaines. Le but, les mater, leur casser toute volonté, leur faire comprendre qui est le boss. Pour cela, tous les moyens sont bons : privation de sommeil et de nourriture, les brûler et surtout l’emploi sans retenue de l’instrument du mahout (dont je ne me souviens pas du nom), une lame courbe au bout d’un long bâton, une sorte de serpe. Cela devient l’instrument de contrôle de l’éléphant pendant le phajaan puis tout au long de leur vie d’animal domestique. Pour leur apprendre à lever la patte, hop un coup de lame. Il ne comprend pas, hop un autre coup. Jusqu’à ce qu’il comprenne. Une fois domestiqué, il y en a moins besoin normalement, mais tous les mahouts en portent un quand même et ils n’hésitent pas dès que l’éléphant n’obéit pas. Cibles suprêmes : les yeux et l’intérieur des oreilles.
En gros, c’est la boucherie.
Personne n’est certain si TOUS les éléphants domestiqués en sont passés par là. Peut être que quelques uns, nés dans un environnement domestiqué et en présence d’humains, peuvent apprendre sans le phajaan, mais il semblerait que ce soit très rare. On peut considérer que c’est le mode de domestication quasi-systématique. Alors bien sûr, il est hors de question, pour le business, que les touristes en apprennent trop sur la question. Même pour nous, un extrait d'une vidéo tournée par la fondatrice de l'ENP, très rare, nous a été projeté, mais contre décharge, en nous prévenant qu’on pouvait sortir si on ne voulait pas regarder, et qu’on ne pouvait pas la voir en intégralité car les relations sont sur le fil du rasoir entre le Centre et les autorités qui pensent que trop d’information est mauvais pour les affaires, donc qu’on nous en montrait seulement 2 minutes discrètement mais qu’ensuite c’était trop risqué si cela se savait.
Je voulais poster la video mais c'est difficile étant donné le volume. Croyez moi sur parole: je n'ai pas pu regarder l'écran en face pendant de longs moments pendant la projection et les réactions dans la salle étaient sans retenue. Un éléphant a la carrure pour pousser des cris puissants, même bébés, et ces cris atroces alors qu'il essaie d'éviter les coups, de se dégager de la cage, les blessures ignobles, le sang, les yeux exorbités, les images infrarouge de l'éléphant qui commence à devenir fou de ne pas pouvoir dormir, c'est très difficile à supporter.
Une fois maté, l’éléphant commence à travailler.
Soit son propriétaire et son mahout sont bienveillants et, malgré la brutalité de la formation, prennent ensuite soin de leur gagne-pain : suffisamment de nourriture, d’eau, un bain par jour, des phases de repos importantes et quelques heures de sommeil la nuit.
Soit c’est l’exploitation maximale : des périodes de 8h non-stop de logging ou de trekking, malnutrition, et en conséquence mauvais traitements car évidemment l’éléphant n’est pas forcément toujours d’accord avec son statut d’esclave.
Dans le cas du logging illégal, il est dangereux car il n’y a par définition pas de règlementation de conditions de travail ou de sécurité comme il pouvait y en avoir avant donc les propriétaires font vraiment ce qu’ils veulent.
Les éléphants de l'ENP ont tous eu des vies difficiles, dont je détaillerai certaines par la suite, mais certains plus que d’autres. Par exemple, de plus en plus d’animaux sont tout simplement passés sous méta-amphétamines (le "speed"). C’est une drogue à la mode dans le coin pour les humains, donc disponible, et on voit donc des éléphants faire des « double-shifts » avec trekking le jour et logging la nuit, pour deux propriétaires différents qui se partagent l’outil de travail, le tout défoncés aux amphets, comme souvent les mahouts qui travaillent dessus. Ils deviennent bien sûr totalement cinglés et de moins en moins contrôlables, c’est le cercle vicieux.
Si l’éléphant est trop blessé, qu’il boite par exemple ou est aveugle, et n’est plus utilisable dans ces activités, alors il peut passer à la mendicité car il fait pitié aux touristes. Les bébés sont très appréciés également, ils sont si mignons. Cette mendicité est officiellement interdite en Thailande mais souvent tolérée et beaucoup de mahouts tentent leur chance car cela rapporte beaucoup. Dans les rues bruyantes des villes, les éléphants deviennent fous car ils ressentent très finement les vibrations du sol par les coussins sous leurs pattes. Toute la circulation, qui est hallucinante en Thaïlande, les rend totalement affolés. Hop un coup d’amphets et ça va mieux. Effectivement, une fois que l’on sait cela on voit bien les yeux exorbités et en panique de ces éléphants. Et c’est sans compter les accidents avec les véhicules. Plusieurs éléphants de l'ENP sont blessés suite à des impacts avec des voitures.
Bon, et pour terminer dans le glauque, passons aux femelles utilisées pour la procréation. Je pense que c’est ce que j’ai eu le plus de mal à supporter d’entendre. Les femelles mal en point peuvent encore servir : elles sont attachées par les pattes avant à un arbre et on les met à disposition de mâles en rut. Je parlerai plus tard de cette phase de la vie des mâles, c’est plus qu’un homme qui ne pense qu’à ça, c’est carrément violent. Donc là encore c’est la boucherie. Les conséquences sont les mêmes que pour des viols violents, tout est en vrac.
Allez, j’arrête là pour l’instant, vous avez le tableau.
Au final, la question n’est pas facile car les alternatives sont difficiles pour les propriétaires. Idéalement, la liberté ou une vie sans travail et bien traité sont souhaitables. Mais si l’entretien de l’éléphant nécessite qu’il faille le faire travailler pour payer pour cela, alors le trekking est la moins mauvaise solution pour l’instant. Malgré le physique impressionnant de l’animal, son dos n’est normalement pas fait pour supporter autant de poids. Le problème vient de la forme des sièges en bois utilisé, qui n’est pas la version traditionnelle, et qui place tout le poids des touristes sur la colonne vertébrale, alors que naturellement l’éléphant aura tendance à porter le poids vers son cou (et les défenses et la trompe). Cette pression continue occasionne des infections. Au Centre, les mahouts n’ont même pas le droit de les monter du tout. Mais les éléphants peuvent éventuellement le faire si ce n’est pas trop long chaque jour et si ensuite ils sont suffisamment nourris etc.
Donc s’il y a un seul message à faire passer : en tant que touriste, il vaut mieux éviter toute activité impliquant les éléphants, mais tant qu’il n’y a pas de solution miracle, on peut se faire plaisir avec une balade, mais uniquement dans les centres dont on sait qu’ils travaillent dans de bonnes conditions. Si on n’en est pas sûrs alors on passe son chemin mais on fait un petit don de la somme qu’on aurait dépensée à un centre comme l’ENP !
Justement, que fait l'ENP ?
Le projet de l’Elephant Nature Park
Le centre a été fondé en 1995 par Sangduen Chailert, que tout le monde appelle Lek. C’est une femme d’une quarantaine d’années qui est née dans une tribu des montagnes de la région. Je ne sais pas comment elle a eu les premiers fonds pour commencer cette activité mais quoi qu’il en soit elle a débuté tout cela en rachetant un premier éléphant maltraité. Et le centre a commencé avec 4 éléphants. Petit à petit, elle a voulu en sauver d’autres et l’idée d’un centre d’accueil est née.
Justement, que fait l'ENP ?
Le projet de l’Elephant Nature Park
Le centre a été fondé en 1995 par Sangduen Chailert, que tout le monde appelle Lek. C’est une femme d’une quarantaine d’années qui est née dans une tribu des montagnes de la région. Je ne sais pas comment elle a eu les premiers fonds pour commencer cette activité mais quoi qu’il en soit elle a débuté tout cela en rachetant un premier éléphant maltraité. Et le centre a commencé avec 4 éléphants. Petit à petit, elle a voulu en sauver d’autres et l’idée d’un centre d’accueil est née.
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| ©ENP |
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| ©Bernadette |
Il y a aujourd’hui 36 éléphants de tous âges à l’ENP, la grande majorité des femelles. Ils ont pratiquement tous été rachetés entre 2000 et 10000$ chacun si mes souvenirs sont bons, selon leur état donc leur potentiel commercial pour le propriétaire.
Le but principal est de créer un « sanctuaire ». Je n’aime pas trop le mot, que je trouve un peu mielleux, mais disons que c’est l’idée. C’est un endroit où on fait tout simplement en sorte que ces éléphants qui ont eu une vie difficile n’aient plus jamais à travailler et finissent leurs jours tranquilou.
Le but principal est de créer un « sanctuaire ». Je n’aime pas trop le mot, que je trouve un peu mielleux, mais disons que c’est l’idée. C’est un endroit où on fait tout simplement en sorte que ces éléphants qui ont eu une vie difficile n’aient plus jamais à travailler et finissent leurs jours tranquilou.
Le but secondaire est à plus grande échelle puisque le centre ne peut pas non plus racheter tous les éléphants de la terre. Est donc développé le projet de « positive reinforcement ». Il s’agit de prouver qu’il est possible d’enseigner les « tricks » que les éléphants utilisent pour le travail ou les spectacles de façon non violente, comme un jeu. Certains éléphants du centre, pour l’instant un bébé et une vieille femelle aveugle, reçoivent une formation d’une vingtaine de minutes tous les jours, où on leur demande de faire un geste contre une petite récompense (bananes). Ces éléphants-là n’auront jamais à travailler, mais c’est seulement pour prouver aux propriétaires que c’est possible et qu’on peut donc envisager de générer suffisamment de revenus pour entretenir les animaux sans qu’ils le vivent mal. Et ça marche. Ce n’est que le début mais on voit bien qu’ils lèvent la patte à la demande. Bon, il y a encore du boulot car il y a beaucoup à apprendre, mais c’est très bien parti.
L'ENP a des projets annexes, comme le "Journey to Haven" qui permet aux éléphants les mieux guéris de retourner vivre dans un environnement sauvage, les "Jumbo Trips" qui consistent à aller soigner en urgence des animaux dans des zones reculées, et Lek développe encore quelques autres pistes, notamment un autre centre en Birmanie etc.
Par ailleurs, l'ENP a une vision assez large qui implique toute la communauté des villages alentours, comme je l'expliquerai avec l'approvisionnement en nourriture par exemple.
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| Un des enfants qui vivent avec leur famille au centre ©ENP |
Pour faire tout cela, le centre s’est étendu, emploie 70 personnes en permanence (encadrement, mahouts, employés de bureaux, chauffeurs, cuisinières, agriculteurs…) et renforce sa communication. Il faut de l’argent, 250000$ par an pour l’instant mais plus il y en a plus on peut acheter d’animaux etc. Donc la contribution principale de nous autres volontaires est claire : on paie. Environ 300$ la semaine, pour travailler, on est masos. Mais le deal est accepté : nous finançons le centre, en contrepartie on nous y accueille, on nous explique, on nous montre, et on bosse un peu pour donner un petit coup de main mais surtout voir ce que cela représente de faire tourner une telle organisation. Donc ce n’est pas violent non plus, la semaine a été tranquille.
Le centre reçoit également des dons plus importants de bienfaiteurs. Beaucoup des éléphants ont été achetés grâce à une ou deux personnes qui ont donné plusieurs milliers de dollars ou contribué à le faire en organisation des levées de dons.
Bref, moi je trouve que c’est du bon boulot.
Organisation du centre
Une fois arrivés au centre, Chet et sa bande nous expliquent donc comment va se passer la semaine.
On s’installe dans nos quartiers, personnellement je loge dans la chambre n°8 du « Palace ». Le palace en question est un bâtiment sur pilotis en bois et bambou, avec des chambres avec deux lits chacune et des sanitaires communs. Il y a deux autres secteurs comme ça, et à la sortie du centre des chambres plus confortables pour les visiteurs qui restent deux jours.
Franchement, on s’attendait tous à largement pire. Vrais lits avec draps et couvertures, moustiquaire, espace, grandes fenêtres avec la mienne en particulier qui est plutôt pas mal car elle donne sur un des enclos d’éléphants, salles de bains super basiques mais carrelées avec vraies toilettes et vraies douches etc, ça va. Et puis comme on n’est pas nombreux cette semaine, la plupart d’entre nous sommes seuls dans nos chambres.
Le centre reçoit également des dons plus importants de bienfaiteurs. Beaucoup des éléphants ont été achetés grâce à une ou deux personnes qui ont donné plusieurs milliers de dollars ou contribué à le faire en organisation des levées de dons.
Bref, moi je trouve que c’est du bon boulot.
Organisation du centre
Une fois arrivés au centre, Chet et sa bande nous expliquent donc comment va se passer la semaine.
On s’installe dans nos quartiers, personnellement je loge dans la chambre n°8 du « Palace ». Le palace en question est un bâtiment sur pilotis en bois et bambou, avec des chambres avec deux lits chacune et des sanitaires communs. Il y a deux autres secteurs comme ça, et à la sortie du centre des chambres plus confortables pour les visiteurs qui restent deux jours.
Franchement, on s’attendait tous à largement pire. Vrais lits avec draps et couvertures, moustiquaire, espace, grandes fenêtres avec la mienne en particulier qui est plutôt pas mal car elle donne sur un des enclos d’éléphants, salles de bains super basiques mais carrelées avec vraies toilettes et vraies douches etc, ça va. Et puis comme on n’est pas nombreux cette semaine, la plupart d’entre nous sommes seuls dans nos chambres.
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| Le Palace |

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| Vue de ma chambre 1 |
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| Vue de ma chambre 2 |
Ensuite c’est le briefing concernant la vie du centre et l’organisation de notre semaine.
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| ©ENP |
Puis on part à la découverte du centre. C’est un peu difficile à décrire : tout l’espace principal est un ensemble surélevé sur une plateforme en béton sur pilotis. Les seules pièces fermées sont la cuisine (des humains), la salle de conférences au premier étage et la boutique de souvenirs. Ensuite tout le reste est couvert mais ouvert : plusieurs espaces avec tables et chaises pour les repas et les pauses, cuisine des éléphants, espace d’exposition etc. Toute une longueur fait face au champ, qui est la zone où les éléphants se baladent en journée. Une nouvelle coursive d’observation très haute sur pilotis part du bâtiment principal le long de la rivière et permet d’avoir un autre point de vue sur les éléphants.
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| ©ENP |
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| ©ENP |
Plus loin, outre les bâtiments de logement sont dispersés des « shelters », des abris, pour les éléphants. Chaque groupe a le sien.
On aperçoit des éléphants absolument partout, ils se baladent seuls ou par petits groupes, autour des bâtiments ou au loin. Je n’en ai jamais vu autant évidemment, et encore moins sans grilles entre nous. Ils sont actuellement 36, ce qui fait beaucoup de bestioles. Le but est de les laisser aussi libres que possible, tout en s’assurant de leur santé et de leur sécurité. Ce sont des animaux qui ont l’habitude des humains, même s’ils étaient maltraités, et ils en sont encore dépendants, mais au moins maintenant on est à leur service, grand luxe.
On aperçoit des éléphants absolument partout, ils se baladent seuls ou par petits groupes, autour des bâtiments ou au loin. Je n’en ai jamais vu autant évidemment, et encore moins sans grilles entre nous. Ils sont actuellement 36, ce qui fait beaucoup de bestioles. Le but est de les laisser aussi libres que possible, tout en s’assurant de leur santé et de leur sécurité. Ce sont des animaux qui ont l’habitude des humains, même s’ils étaient maltraités, et ils en sont encore dépendants, mais au moins maintenant on est à leur service, grand luxe.
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| ©Bernadette |
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| ©Kevin&Liz |
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| ©ENP |
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| ©ENP |
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| ©ENP |
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| Parapluie version géant ©Bernadette |
Première visite technique : la cuisine des éléphants. Etagères et paniers regorgeant de citrouilles, de pastèques et de concombres, on se croirait à Rungis, je crois que je n’ai jamais vu autant de fruits de ma vie.
Chaque éléphant mange 200 à 250 kilos de nourriture par jour comme je le disais. Dans la nature, ce sera principalement des végétaux. Ici également, herbes et tiges de maïs, mais également on les gâte avec les fruits de la cuisine, et pour les plus chanceuses il y a même des sucreries à la banane. Le but est de les remettre en bonne forme en leur fournissant autant d’énergie que possible. La boss ultime de la cuisine est Michelle, une Australienne qui travaille ici depuis 7 ans. On apprendra à la connaître dans la semaine, et elle s’avèrera être vraiment admirable. Une énergie à pleurer, drôle, toujours de bonne humeur, très attentive et reconnaissante. Classe.
Pendant qu’on discute de tout ça, un camion chargé de sacs de concombres arrive. Nous sommes donc réquisitionnés pour le déchargement. Une file et c’est parti, sac après sac, à n’en plus finir. Etant donné le poids, on se dit qu’une semaine ici ça va être du sport.
Pendant qu’on discute de tout ça, un camion chargé de sacs de concombres arrive. Nous sommes donc réquisitionnés pour le déchargement. Une file et c’est parti, sac après sac, à n’en plus finir. Etant donné le poids, on se dit qu’une semaine ici ça va être du sport.
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| ©ENP |
Puis, le moment tant attendu, c’est justement l’heure du repas, 11h, annoncé par une cloche en bambou. Les éléphants font plusieurs repas par jour, dont deux effectués entre autres par les volontaires et les visiteurs.
On sent que c’est le début. Pour la plupart d’entre nous c’est une première et on est vraiment impressionnés, malgré la barrière. On nous a expliqué de faire attention à ne pas se placer sur les côtés pour ne pas recevoir un coup de trompe accidentel etc donc on est nerveux et concentrés. Mais également excités de notre premier contact, en sachant qu’on y aura droit toute une semaine.
On sent que c’est le début. Pour la plupart d’entre nous c’est une première et on est vraiment impressionnés, malgré la barrière. On nous a expliqué de faire attention à ne pas se placer sur les côtés pour ne pas recevoir un coup de trompe accidentel etc donc on est nerveux et concentrés. Mais également excités de notre premier contact, en sachant qu’on y aura droit toute une semaine.
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| 4000 muscles dans la trompe, un vrai animal à elle seule ©Jez |
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| ©Bernadette |
A 12h, c’est la cloche en métal : cette fois c’est le repas des humains. On pensait que la nourriture serait basique pendant notre séjour, donc il faut imaginer nos têtes en découvrant les deux immenses tables sur lesquelles sont alignées une vingtaine de plats. Buffet à volonté, avec une variété incroyable, des entrées aux desserts. On est comme des gamins, à celui qui remplira le plus son assiette. Et on ne retiendra pas la leçon : chacun d’entre nous se jure à chaque repas d’arrêter les conneries et qu’il faudra en prendre moins la prochaine fois car il n’est pas nécessaire d’avoir systématiquement envie de vomir pour considérer qu’on a suffisamment mangé, mais non, impossible, on se retrouve à chaque fois à faire n’importe quoi. Assiette typique, avant rabe et desserts:
Outre la qualité des repas, il y a une station thé/café disponible toute la journée, un comptoir réfrigéré pour les bières et les boissons fraîches, et même de quoi grignoter. Le site internet et les emails post-inscription comportent des warning permanents sur la simplicité des lieux, mais en réalité c’est vraiment nickel.
Après une petite pause digestive bien nécessaire, on nous appelle pour le bain de 13h. Il y a peu de visiteurs aujourd’hui donc les éléphants sont à nous. Tous les jours à cette heure, certains d’entre eux sont amenés à la rivière pour se baigner et se rafraîchir. Les autres, plus timides ou nerveux, viennent à des heures moins fréquentées. Ils peuvent le faire seuls avec la trompe mais ils adorent jouer dans l’eau, et si ils peuvent éviter de se fatiguer en laissant les humains les asperger, ça leur va bien. Chacun avec son petit seau, on met les pieds dans l’eau et c’est parti pour la douche à éléphants. Alors que pour le repas nous étions séparés d’eux, ici nous sommes vraiment à côté. Ils ont beau être de petits modèles comparés à leurs homologues africains, ce sont quand même d’énormes trucs. On apprendra à ne plus être aussi impressionnés mais pour l’instant on est un peu timides. Et on sursaute encore quand on se retourne brusquement pour se retrouver nez à nez avec une trompe suspendue à 2m du sol qui arrive droit sur nous. Il faut aussi faire attention aux étrons démesurés qui descendent le cours de la rivière en flottant, c’est comme un jeu video scato. Mais on s’amuse comme des gamins et bien sûr tout ça se transforme en bataille d’eau. On finit trempés et c’est l’occasion de faire la première photo officielle du groupe.
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| Jour d'affluence ©ENP |
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| Un homme en caleçon vert pomme essaie de se la raconter ©ENP |
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Le temps de se changer et nous partons pour une nouvelle rencontre avec les éléphants, mais sur le « field », le champ, ce sont les « Ele walks », auxquels on aura droit plusieurs fois dans la semaine. On emporte quelques concombres et bananes et nous pouvons les nourrir à nouveau, face à face, ou plutôt face à hanche pour moi car je suis toute petite à côté d’eux. Ils sont nombreux donc on peut en profiter tranquillement, on a presque nos éléphants perso. Quelques heures que nous sommes arrivés mais nous les avons déjà côtoyés plusieurs fois, et puis ils sont en permanence dans notre champ de vision donc on s’habitue très vite à leur présence, et nous sommes déjà plus assurés dans notre comportement. On n’hésite plus à les caresser ou à retenir la nourriture pour que le contact soit plus long. De toute façon, leurs mahouts ne les quittent pas d’une semelle et ils surveillent si nous ne prenons pas de risques inconsidérés.
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| Classer les tenues de la plus à la moins adaptée adaptée aux conditions ©ENP |
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Deuxième petit job de la journée, déchargement à nouveau, mais de régimes de bananes cette fois. On se remet en ligne et c’est parti pour le travail à la chaîne, en gardant le rythme. On constatera ensuite que le pire ce sont les pastèques à décharger car il n’y a pas d’autre solution que de les passer une par une. Une bonne dizaine de personnes pour une camionnette, vous saurez que ça prend 1h30.
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| ©Kevin&Liz |
Les étagères se remplissent à vue d’œil. Mais il ne faut pas se fier aux apparences, rien ne reste bien longtemps, la cuisine sort une tonne de nourriture par jour donc il y a de la rotation.
Pour alimenter tout ça, le centre travaille en étroite relation avec les fermiers du coin. Ceux-ci vendent leur production à l'ENP, ce qui permet un approvisionnement plus sûr que dans les premiers temps du centre où il fallait tout acheter au marché, et d’assurer des revenus stables aux producteurs, et en bonus ceux-ci récupèrent autant de fumier d’éléphants qu’ils veulent comme engrais. Bon deal.
Petit break de fin d’après-midi, avec les premières douches, froides, et flânerie sur les terrasses à regarder les éléphants aller et venir en essayant de commencer à les reconnaître.
18h, nouvelle cloche pour le dîner. Moins de choix que le midi car il ne reste que les volontaires et les quelques visiteurs qui passent la nuit au centre, mais toujours bon et copieux.
Puis nous somme conviés dans la salle de conférence qui a été aménagée pour la cérémonie de bienvenue. Les relations entre le centre et les villages avoisinants n’ont pas toujours été faciles car ceux-ci pensaient que ce serait un camp classique comme il en existe beaucoup dans la région et qui fournit beaucoup de travail aux locaux, mais l’originalité de l'ENP les a déçus. En Thaïlande, les projets de ce type ne sont pas encore très compris. Mais petit à petit, le projet prenant de l’ampleur, les relations sont devenues plus intéressants, avec par exemple les approvisionnements en produits agricoles que je mentionnais au-dessus, l’emploi de femmes, en particulier seules avec enfants, pour la cuisine ou le ménage etc. Et l’instauration de cette cérémonie, appelée « baci », typiquement bouddhiste. Elle est réalisée lorsque des étrangers à un village y rendent visite pour la première fois, par les anciens de ce village. Depuis nous y avons eu droit plusieurs fois dans différents endroits où nous sommes passés.
Nous entrons dans la salle alors que des jeunes jouent, pas très bien il faut le reconnaître, de la musique traditionnelle. Puis, assis par terre, les vieilles mamies face à nous, nous regardons le chamane derrière l’autel temporaire en fleurs et feuilles de bananier, commencer à marmonner des prières. Puis il invite quatre d’entre nous à s’asseoir autour, continue ses prières etc, et attache leurs poignets avec un fil blanc à l’autel. A la fin de la cérémonie, chacun d’entre nous s’approche des mamies et celles-ci nous présentent un fil blanc du même type, le passent sur notre bras, puis le nouent autour du poignet en marmonnant des prières. Elles éloignent ainsi les mauvaises choses, font entrer les bonnes, et selon l’inspiration de chacune, nous souhaitent une longue vie, plein de bébés, un voyage bon marché (!) etc.
Pour alimenter tout ça, le centre travaille en étroite relation avec les fermiers du coin. Ceux-ci vendent leur production à l'ENP, ce qui permet un approvisionnement plus sûr que dans les premiers temps du centre où il fallait tout acheter au marché, et d’assurer des revenus stables aux producteurs, et en bonus ceux-ci récupèrent autant de fumier d’éléphants qu’ils veulent comme engrais. Bon deal.
Petit break de fin d’après-midi, avec les premières douches, froides, et flânerie sur les terrasses à regarder les éléphants aller et venir en essayant de commencer à les reconnaître.
18h, nouvelle cloche pour le dîner. Moins de choix que le midi car il ne reste que les volontaires et les quelques visiteurs qui passent la nuit au centre, mais toujours bon et copieux.
Puis nous somme conviés dans la salle de conférence qui a été aménagée pour la cérémonie de bienvenue. Les relations entre le centre et les villages avoisinants n’ont pas toujours été faciles car ceux-ci pensaient que ce serait un camp classique comme il en existe beaucoup dans la région et qui fournit beaucoup de travail aux locaux, mais l’originalité de l'ENP les a déçus. En Thaïlande, les projets de ce type ne sont pas encore très compris. Mais petit à petit, le projet prenant de l’ampleur, les relations sont devenues plus intéressants, avec par exemple les approvisionnements en produits agricoles que je mentionnais au-dessus, l’emploi de femmes, en particulier seules avec enfants, pour la cuisine ou le ménage etc. Et l’instauration de cette cérémonie, appelée « baci », typiquement bouddhiste. Elle est réalisée lorsque des étrangers à un village y rendent visite pour la première fois, par les anciens de ce village. Depuis nous y avons eu droit plusieurs fois dans différents endroits où nous sommes passés.
Nous entrons dans la salle alors que des jeunes jouent, pas très bien il faut le reconnaître, de la musique traditionnelle. Puis, assis par terre, les vieilles mamies face à nous, nous regardons le chamane derrière l’autel temporaire en fleurs et feuilles de bananier, commencer à marmonner des prières. Puis il invite quatre d’entre nous à s’asseoir autour, continue ses prières etc, et attache leurs poignets avec un fil blanc à l’autel. A la fin de la cérémonie, chacun d’entre nous s’approche des mamies et celles-ci nous présentent un fil blanc du même type, le passent sur notre bras, puis le nouent autour du poignet en marmonnant des prières. Elles éloignent ainsi les mauvaises choses, font entrer les bonnes, et selon l’inspiration de chacune, nous souhaitent une longue vie, plein de bébés, un voyage bon marché (!) etc.
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Une fois la foule partie, nous restons entre volontaires pour une session de présentation collective. En cercle, chacun se présente, et donne son « special skill », leur talent spécial. Je ne suis pas inspirée mais certains trouvent des parades marrantes. On découvre les « anciens », qui étaient déjà là la semaine précédente, et on essaie de retenir tous les noms.
Il est encore tôt donc on se pose dans un des nombreux coins sympas du centre et on passe une soirée tranquille à discuter de nos premières impressions, ce qui dérive forcément sur totalement autre chose, dont beaucoup de n'importe quoi.
Il est encore tôt donc on se pose dans un des nombreux coins sympas du centre et on passe une soirée tranquille à discuter de nos premières impressions, ce qui dérive forcément sur totalement autre chose, dont beaucoup de n'importe quoi.
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So nice! Ca fait envie! Desole que tu es eu un petit coup au moral mais content que tu sois a nouveau au top! Bises! xx Ben
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