dimanche 5 juin 2011

En descendant le Mekong

Lundi 28 mars – Chiang Rai (Thaïlande) / Huay Xia (Laos)

NicoS et JM partent au petit matin pour l’est de la Thaïlande et leur deuxième semaine, enfin tranquilles après s’être vus imposer deux boulets en vacances depuis sept mois alors qu’eux auraient bien aimé profiter en tête à tête de leurs quelques semaines.

Nous quittons la guesthouse un peu plus tard dans la matinée direction la gare routière. Alors que nous atteignons l’entrée, on aperçoit un bus indiqué « Chiang Khong », notre destination, se dirigeant droit sur nous puisque quittant la gare. L’assistante du bus nous récupère au passage et on s’incruste. Un peu speed, mais au moins on n’aura pas perdu de temps. L’inconvénient, c’est qu’il n’y a plus de place. Elle nous en propose deux de choix : sur une espèce de plateforme même pas plate à côté du chauffeur. Nico préfère se serrer à l’arrière à côté d’un bonze (moi je ne pourrais pas de toute façon car une femme ne peut pas être en contact avec un moine). Pour ma part je reste pour l’instant debout dans l’allée puisque je papote avec une connaissance. Car en effet, en remontant l’allée dans le bus, on aperçoit Caroline, toujours la Française rencontrée à l’ENP, que je croise pour la deuxième fois depuis la fin de notre volontariat, après la rencontre dans les montagnes de la veille. Elle nous présente Pierre, un Suisse, également en tour du monde, bien sympa. A l’arrêt suivant (en aucun cas un vrai arrêt officiel, ici on peut monter et descendre comme on veut), je me fais voler ma place de luxe sur la plateforme. L’assistante trouve une nouvelle solution : elle tape sur l’épaule d’une jeune fille assise à côté de sa copine, les deux se lèvent, l’assistante fait glisser la banquette vers le couloir et crée ainsi un strapontin improvisé. Je pense donc que la jeune fille près de la fenêtre se retrouve privée de banquette, mais apparemment ça ne l’étonne pas plus que ça. Bon, moi je ne vais pas me plaindre mais quand même c’est une première. Quand on vous dit que dans les transports en Asie, il n’y a ja-mais de problème, toujours des solutions. Parfois un peu étonnantes, mais en général efficaces.

Le trajet n’est pas désagréable dans la campagne nord-thaïlandaise et on arrive à Chiang Khong. Les tuktuk ne manquent pas à l’arrivée des bus et on se fait alpaguer par l’un d’eux. Il nous dépose à l’embarcadère, sur la rive du fleuve. On passe au bureau de l’immigration pour récupérer notre tampon de sortie, avec un petit coup de stress pour moi car il n’avait pas vu mon aller-retour en France et pensait que mon visa avait expiré, puis on embarque dans le bateau.
La traversée dure quelques minutes seulement et quand nous posons nos pieds sur la terre ferme, c’est en territoire laotien, dans le village de Huay Xia.

Deux bureaux miteux gèrent l’immigration. Paperasse, argent, et on obtient notre visa sans problème. C’est un tout petit peu plus cher que si on les avait demandés dans une ambassade quelconque, hé oui il faut bien que les types se mettent quelques dollars dans la poche au passage.
On remonte vers la rue principale du village. Le temps gris n’aide certes pas mais l’ambiance est morose, c’est vraiment glauque. On entre dans la guesthouse la plus proche, on nous fait visiter une chambre, elle est triste à mourir mais à peu près propre, pas chère, on prend.

L’estomac crie famine car l’après-midi est bien entamée, on part donc en quête d’un restaurant. Rien n’est très avenant, et on s’installe en désespoir de cause à la terrasse (3 tables pourries sur le trottoir) d’un café. Des sandwichs (pas mauvais) feront office de déjeuner et de dîner.

Pas très motivés pour vraiment visiter le patelin et essayer d’y dénicher des charmes cachés, on décide de façon tout à fait honteuse qu’on en resterait sur notre première impression même si elle est fausse et on rentre à la guesthouse. Pourtant Dieu sait qu’elle ne donne pas envie d’y passer plus de temps que le strict nécessaire, mais après plusieurs mois de voyage on a appris à faire abstraction.
On s’installe confortablement au lit et on se fait une petite séance ciné avec Persepolis. Sur un écran de 10 pouces, c’est du grand spectacle.

Mardi 29 mars – Huay Xia / Pakbeng par le Mekong

Réveil matinal car nous entamons aujourd’hui notre croisière de deux jours sur le Mekong, qui doit nous emmener à Luang Prabang.



Les tuk tuk sont nombreux devant la guesthouse. On se retrouve involontairement dans un qui était normalement réservé pour un groupe, ce qui les perturbe beaucoup, mais on joue aux idiots par flemme de trouver une autre solution, en profitant honteusement du fait qu'ils soient asiatiques, avec du mal à dire non (c'est une généralité, on aura à faire à d'autres qui savent très bien le faire) et ça passe.
L’embarcadère est grand et encombré. Mais ça ne veut pas dire développé, cela reste une accumulation de bateaux amarrés à l’arrache sur une rive qui, si elle était plate, serait qualifiée de terrain vague.



Une fois les billets achetés, avec un peu d’appréhension car le bateau aurait pu être plein, on trouve le bon et on embarque. C’est un « slow boat », c’est-à-dire un long bateau couvert mais ouvert sur les côtés, coloré, qui avance, comme son nom l’indique, relativement lentement. L’autre option pour descendre le Mekong c’est le « speed boat », une barque très étroite dans laquelle seulement quelques passagers peuvent s’installer, et propulsée par un moteur puissant et bruyant. La plupart des occupants de ce genre de bateau que l’on a croisés portent des casques de moto, pour le bruit et le danger.

Arrivés tôt, nous sommes parmi les premiers passagers et nous avons le luxe du choix. C’est extrêmement stratégique car on en a pour la journée. Critère essentiel : les autres passagers. Avec le temps, on sait qui éviter. Et notre racisme est tout à fait efficace, notre choix est un succès. Sans compter un peu de chance car nous avons même réussi à ne pas être trop près de la bande de jeunes débiles qui passeront leur temps à glousser et à picoler pendant deux jours. Mais c’est aussi du boulot. Alors qu’on est installés, un couple vient nous demander d’échanger nos places pour être derrière leurs amis. On jette un œil à leurs places, elles sont plus à l’arrière mais ok. Au bout de dix secondes, je regrette notre geste : les rangées sont plus rapprochées donc moins de place (oui car les sièges ne sont pas tous fixés au sol, ce sont des sièges de bus, attachés deux par deux, mais seulement posés au sol) et nous sommes plus près du moteur à l’arrière donc c’est beaucoup plus bruyant. Je commence à être grognon et Nico décide d’aller demander de récupérer nos anciennes places. Je pourrais prétendre que c’est pas amour mais la vérité c’est qu’il sait très bien qu’il sera infiniment plus désagréable de me supporter dans cet état pendant deux jours que d’aller taper sur l’épaule de nos amis, dont l’un est pourtant un Russe énormissime, tatoué, et pas spécialement souriant. Il me connait tellement bien… Mais ça se passe sans violence et on procède à l’échange. J’avoue que je ne suis pas très fière de moi. Mais bon, c’est aussi Nico qui me dit tout le temps d’arrêter d’être trop sympa donc ce n’est qu’une mise en application de ses conseils humanistes.

La journée se passe plutôt tranquillement, Nico observant les rives défiler, avec ses villages de maisons traditionnelles, ses pêcheurs et sa vie aquatique, moi dormant, dormant et dormant.










Les maisons flottantes, qui sont de vraies maisons, flottantes.

Mais c’est moins agréable que prévu car, alors que cela aurait pu être un vrai plaisir de sentir la brise nous rafraichir du soleil qui illuminerait les paysages qui défilent, aujourd’hui il fait moche et surtout très froid. C’est un peu la surprise pour tout le monde et chacun cherche à se réchauffer comme il peut. Les prévoyants ont de quoi se couvrir, les autres font avec les moyens du bord en utilisant les gilets de sauvetage, et enfin les plus élégants, la fameuse bande de jeunes cons à l’avant du bateau, s’alcoolisent.



Presque à l’arrivée, un type monte dans le bateau et, sans se présenter comme tel mais en en prenant l’attitude, nous explique comme un guide comment va se passer l’arrivée : qu’il fera probablement nuit, qu’il faudra faire attention en descendant, qu’il y aura beaucoup de rabatteurs pour les guesthouses, pas tous honnêtes même si les Laotiens sont pour la plupart des gens bien qui sont ravis de faire découvrir leur pays aux honorables touristes mais qu’il y a toujours des brebis galeuses, qu’il faudra donc aussi faire bien attention à surveiller nos sacs pendant qu’ils seront déchargés etc. Bref, c’est factuel pour l’essentiel, mais il nous met en garde de façon maline, le tout avec une idée derrière la tête, qu’il exprime finalement : proposer sa guesthouse. Et attention il y a peu de chambres disponibles donc les places sont chères. Le tarif n’est pas déconnant non plus, sinon ça ne passerait pas, donc évidemment c’est la précipitation et les réservations vont bon train. On hésite, mais on choisit la facilité et on prend. Les huit chambres sont vendues en moins de temps qu’il n’en faut pour mettre les billets dans sa poche.

A l’arrivée à Pakbeng, il n’avait pas menti, c’est la cohue. On récupère nos sacs et on remonte la pente qui mène au village. L’avantage annoncé de la guesthouse du petit malin c’est qu’elle est la plus proche de l’embarcadère. On découvre la chambre, basique mais correcte. Enfin pas suffisamment pour que la douche nous donne envie de nous doucher mais le plus important c’est le lit.

Pendant que Nico se repose, je pars me balader à la découverte de notre ville d’accueil pour la nuit. C’est une rue. Et 80% des numéros sont occupés par des guesthouses, des restaurants ou des bars. Il ne faudrait pas que les slowboats arrêtent de faire une étape ici car sinon c’est retour direct aux champs et à la pêche. L’ensemble est vraiment tristoune. Le froid n’arrange pas les choses non plus il faut avouer.
Je passe chercher Nico et on choisit un des restaurants. Critère de Nico : il a un drapeau communiste au balcon. Pourquoi pas.




Repas quelconque, et on rentre rapidement à l’hôtel pour travailler sur le budget. Une fois la corvée évacuée, on s’écroule. Mais pas évident de s’endormir car il y a des bruits un peu étranges, des coups puissants et brefs, comme des portes claquées. Qu’est-ce que c’est que ça… Pas motivés pour aller dénicher les causes du vacarme, on patiente et zzzzz.

Mercredi 30 mars – Pakbeng / Luang Prabang


Nous sommes réveillés à 6 heures du matin par de la musique ignoble crachée à fond par des enceintes saturées, le bonheur. Apparemment ça vient du restaurant de l’hôtel, non mais qu’est-ce que c’est que ce bordel… On traine autant que possible mais on craque rapidement et on se lève, de super humeur.

Avantage quand même, nous avions prévu d’arriver tôt à l’embarcadère pour à nouveau pouvoir choisir nos places, au moins là il sera encore vraiment tôt. On arrive à 7h45 pour un départ à 9h, nous sommes parmi les tous premiers. On choisit à peu près les mêmes places mais ce n’est pas le même bateau que la veille (celui-ci repart vers Huay Xia) et les sièges ne sont pas terribles.
Je pars en quête de ravitaillement pour la journée et j’en profite pour faire quelques photos.



Le bateau se remplit petit à petit, jusqu’à la dernière minute et même plus car des retardataires se pointent même alors qu’il devrait déjà être parti. Soit ils ont vraiment confiance en leur bonne étoile soit ils n’ont pas compris l’heure de départ, soit ils sont cons, mais ça passe. Avec quand même des regards et quelques commentaires pas très sympas au passage car on les attendait.

On discute rapidement avec nos voisins, un couple de Français très âgés que nous avions croisés la veille dans l’hôtel, qui sont très remontés contre le rabatteur car ils considèrent qu’ils se sont faits arnaquer. Leurs serviettes et les draps étaient tâchés, il n’y avait pas d’eau chaude et c’était beaucoup trop cher. Apparemment, soit ils ont eu moins de chance que nous dans l’attribution des chambres, soit nous sommes devenus vraiment blasés en termes de glauquitude de chambres…

Notre ami Papy

Sinon je passe une bonne partie de la matinée à écrire le blog, autant profiter du temps d’immobilité forcée. Il fait moins froid qu’hier, et tout le monde (sauf quelques pouffes qui persistent à être à moitié dénudées et pieds nus, mais toujours un verre à la main pour se tenir chaud) a retenu la leçon et est plus couvert.
Le reste de mon temps d’éveil est passé à observer la vie du fleuve, ce dont je n’avais pas vu une miette la veille.


























Nous arrivons à Luang Prabang en début de soirée. Le changement d’ambiance est total. Une fois remontés sur la rive, on découvre des rues charmantes, joliment éclairées, avec des maisons coloniales impeccables (des guesthouses pour la plupart), et une atmosphère qui semble détendue. Nous avions entendu beaucoup de bien de cette ville, mais nous ne savions vraiment pas à quoi nous attendre. Rien que ce premier contact à marcher de l’embarcadère à la guesthouse nous séduit, on sent qu’on va être bien.

Nous parcourons la partie de la rue principale que nous avions repérée sur le guide pour trouver un logement. Nous tenons à être dans cette zone car elle fait partie du parcours de la procession des moines à laquelle nous voulons assister et une chambre donnant sur la rue permettrait d’être aux premières loges. Mais ce que nous voyons nous parait un peu trop luxueux pour notre budget donc nous commençons à craindre que notre projet tombe à l’eau. Je tente quand même l’une d’entre elle, pour découvrir qu’on nous demande seulement 15$ par nuit… Enfin normalement c’était 20 mais nous avons droit à une remise avant même d’avoir à la demander. On avait oublié qu’on était au Laos, où la vie n’est vraiment pas chère, et il semblerait également que la concurrence entre les guesthouses incroyablement nombreuses dans la ville soit une bénédiction pour les touristes voyageant en saison basse.
Nous nous installons donc dans notre chambre, pas très grande mais impeccable, confortable et bien décorée. Notre fenêtre ne donne pas directement sur la rue mais sur un immense balcon qui est, lui, en façade. Des chaises y sont installées pour les clients. Top.



Après une petite douche salvatrice, nous allons explorer les environs, enfin pour l’instant la rue principale fera l’affaire. Notre hôtel y est installé mais près de l’une des extrémités, la partie animée étant à quelques minutes de marche. Toute la rue n’est composée que de maisons coloniales, bien rénovées, superbes. Et encore une fois l’éclairage est magnifique, très chaleureux, mettant en valeur l’ensemble. Toute cette partie historique de la ville est classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco, on comprend pourquoi.
Des boutiques d’artisanat, des agences de voyage, des restaurants et des guesthouses occupent pratiquement toutes les maisons.





Alors que c’est l’affluence dans plusieurs restaurants qui nous tentent bien, nous choisissons finalement un établissement sur un critère fréquemment utilisé durant ce voyage : il est vide. Les touristes ont très facilement un comportement moutonesque et, encore plus que lorsqu’on est à la maison, en vacances nous voulons prendre le moins de risques possibles, pour ne pas gâcher ces quelques jours qui doivent être parfaits. Quand on a 10 mois et théoriquement 2x300= 600 repas à l’extérieur à prendre, on peut se permettre d’avoir une logique un peu différente. Donc on s’installe souvent où il n’y a personne, avec l’idée de faire travailler le voisin de celui qui récolte tous les clients, en espérant qu’il n’ait pas fait la une du journal local la semaine précédente parce qu’il a envoyé des clients  à l’hôpital. On a très rarement regretté cette stratégie et on s’est même aperçus que la plupart du temps, bien évidemment, les autres tables se remplissaient après nous. Des moutons je vous dis. Mais bon, il nous arrive aussi de piocher dans la liste des restaurants du guide, on a le droit de prendre ses précautions de temps en temps… Mais Nico dirait qu’on devrait arrêter car finalement on a certainement été plus souvent déçus par ces choix là plutôt que par le hasard.

Un des restaurants plein de touristes
Bref, ce soir, alors que le restaurant indien m’avait vraiment tapé dans l’œil mais que la clientèle beaucoup trop blanche nous avait refroidis, on opte pour de la cuisine locale dans une salle vide. Sage décision, très très bon. Et on repart alors que toute la terrasse est désormais occupée. Nico décrète qu’on devrait nous offrir le repas dans ces cas là, c’est quand même grâce à nous que les patrons échappent à la soirée blanche.

Les autres photos sont LA.

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