mercredi 29 juin 2011

Tha Kaek

Jeudi 7 avril – Vientiane / Tha Kaek

Départ matinal pour la gare de bus. A la base nous pensons prendre un super tuktuk car c’est le moyen de transport le plus pratique. Mais le problème c’est le prix, ils se font vraiment plaisir. Car j’aurai l’occasion d’en reparler plus tard dans la journée, mais depuis notre arrivée en Asie nous avons eu l’occasion de constater que le tuktuk sont de loin ceux qui se gavent le plus sur le dos des touristes. Ils profitent du fait que nous n’avons pas le choix, touristes ou locaux, et appliquent des tarifs déconnectés de ceux des hôtels, restaurants etc.

Cette fois, on décide donc d’éviter la magouille et de marcher jusqu’à la gare de bus centrale pour récupérer un bus local qui nous emmène à la gare routière du sud située à 10km de la ville. Plan backpackers, plan galère, juste pour le plaisir. On marche une vingtaine de minutes et arrivés là on nous sommes censés trouver le bus, nous sommes un peu perdus et difficile de savoir de quel côté attendre. On demande à un monsieur super gentil qui donne un coup de main. Il arrête le bon « bus », qui n’en est pas un mais un Jumbo, c’est-à-dire un tuktuk géant pouvant accueillir une dizaine de touristes ou une trentaine de locaux.

On arrive à la gare, qui est vraiment à perpète de la ville,comme d'habitude, et on achète nos billets. Le bus est un pur local, vieux et pourri. Par chance, j’arrive à prendre les deux derniers sièges côte à côte. Il en part toutes les demi-heures mais il est plein. Qui peut bien avoir envie d’aller à Tha Kaek toutes les demi-heures ?
L’avantage du bus local, c’est le spectacle. Il y a d’abord les vendeurs divers et variés, d’épis de maïs, de mangue verte au piment, de porte-clés/décapsuleurs en forme de requin, d’infusions miracles, de chewing-gums, de boissons, et tous se précipitent dans l’allée en se bousculant les uns les autres en mettant leurs produits sous le nez des passagers. Mais leur insistance paie car tout le monde achète quelque chose.
Le clou du show du jour c’est l’arrêt chargement de scooter. Première tentative : hisser l’engin sur le toit du bus à la force des bras. Echec. Aucun problème bien évidemment, ce n'est pas ça qui va les arrêter. On le charge donc à l’intérieur. Il est calé à l’entrée de l’allée, juste à côté du conducteur. Nickel. Côté sécurité on a vu mieux, côté service au client, rien à dire.
Pendant le trajet, nous nous retrouvons momentanément en Bolivie puisqu’il se met à pleuvoir sur Nico. Enfin j’exagère un peu, il y a une infiltration par le plafond et l’eau s’accumule dans la rigole au bas de la vitre. A chaque coup de frein, Nico se prend une vaguelette d’eau. Une des expressions favorites de Nico durant ce voyage est ici fort appropriée : « Ok, c’est pas cher, mais ça ne vaut pas plus. »

Arrivée à Tha Kaek en fin de journée. S’en suit une bonne prise de tête : les chauffeurs de tuktuk se précipitent autour des passagers pour proposer leurs services car le centre-ville est éloigné de la gare, forcément. On se met d’accord sur le prix et on embarque. On comprend rapidement qu’une femme va partager notre véhicule, pas de souci c’est comme ça que ça fonctionne mais elle est en train de décharger ses sacs du bus donc on doit attendre. Un ENORME sac vient se caler contre nos jambes. Puis un autre par-dessus, puis des petits pour caler sur les côtés. Puis on passe à tout ce qui était encore sur le toit du bus : meubles en plastique, cartons etc. La nana est en train de déménager sa vie. Et ces cons de tuktuk cherchent quand même à économiser un trajet en nous bourrant dans un seul. Attention, ce n’est pas pour faire 58 km, mais seulement 4. On commence à s’impatienter, et on craque finalement quand ils commencent à sortir les cordes pour attacher des sacs sur le toit. Vous commencez à voir à quoi ça ressemble un tuktuk : c’est une vieille moto désossée à laquelle on a collé une charrette avec deux bancs et une cage à barreaux. Un coup de peinture par-dessus tout ça et ça paraît presque joli. Mais c’est vraiment fait pour faire de petits trajets rapides et efficaces. S’il faut attendre une demi-heure pour déménager avec, non. Totalement coincés par des tonnes de marchandises, on se faufile hors de la machine par l’avant en grognant, sous les yeux de tous les types en train de se creuser les méninges pour leur opération chargement. On traverse la petite place vers le parking à tuktuk. On demande un autre chauffeur, et après quelques discussions entre eux, on monte avec un type. Ouf. Enfin pour 3 secondes puisqu’il retraverse la place et se gare côte à côte avec le tuktuk de déménagement. Aaaaaaaaaaargh. Ca parle, ça nous regarde, ça nous prend pour des cons, mais ça ne bouge pas. Ca fait une demi-heure qu’on est arrivés et on n’a pas bougé de cette maudite gare. L’ambiance monte et on décide de partir à pied. S’il faut marcher deux heures on marchera deux heures mais les tuktuk c’est terminé. Au milieu de la place on se fait rattraper par un jeune qui avait pris part aux parlementations et qui nous relance. Première réaction de rejet mais il insiste, et c’est le seul qui ait l’air plutôt doux contrairement aux autres qui sont immédiatement désagréables. D'ailleurs, il faut préciser que le plus insupportable est qu'ils sont au moins une vingtaine à dormir à moitié sur leurs engins, donc quand ils cherchent à optimiser leurs efforts de façon ridicule et à nos dépens, c'est vraiment énervant. « Ok mais si on part MAINTENANT. » Il repart en parlote avec les autres types qui ont l’air de lui dire « C’est une course de merde, si tu la veux tu la prends mais nous on ne bouge pas. » Le jeune nous emmène donc. On découvre enfin la ville tant attendue. Au premier abord, pas top top.

On se fait déposer à l’hôtel le plus chic de la ville (mais pas si cher) pour voir ce que ça donne. C’est le plus joli bâtiment du patelin, aucun doute. En revanche, on fait mieux côté accueil. Le manager est en train d’accueillir des clients sur le perron. Il nous regarde de haut en bas d’un air méprisant et nous crache qu’il n’a pas de chambre. Ooooh mais ça commence à bien faire les cons là ! On décide de déguerpir mais il faut payer le tuktuk d’abord, on lui tend un billet. « J’ai pas de monnaie. » Ooooh mais ça commence vraiment à bien faire les cons là (bis)! Hors de question de lui laisser un extra, on fait l’effort d’aller demander de la monnaie à la réception de l’hôtel et on part aussi vite que possible et sans dire au revoir.
On tente une adresse du guide. On a du mal à la trouver tellement la guesthouse est mal indiquée et dans un lieu improbable, une maison moche aux volets fermés, qui parait à l’abandon. On tente quand même d’ouvrir la seule porte apparente, qui donne sur un mur, fermée. Bon, ça a dû mettre la clé sous la porte. Quelle ville. On se rabat sur une autre proche, beaucoup plus propre. On nous fait visiter une chambre. Comme promis, elle est nickel, très design, ce qui contraste totalement avec l’intégralité de ce qu’on peut voir dans le reste de la ville, mais elle n’a pas de fenêtre, sombre, et beaucoup trop chère pour ce que c’est. C’est reparti.
On arpente deux des trois grandes artères de la ville, super glauques, poussière, bâtiments décrépis, trottoirs en terre. Au bout d’une vingtaine de minutes de marche, hallucinés par le fait de nous retrouver dans un endroit pareil, on arrive à une autre adresse. C’est basique, voire pas terrible, mais au moins ce n’est pas cher. Les deux types ne parlent pas un traître mot d’anglais donc difficile de se faire comprendre, et ne sont pas spécialement sympas, mais on prend. Enfin, enfin, enfin, on peut considérer être arrivés.
Mais on ne se pose que quelques minutes car on veut essayer d’aller à l’office de tourisme avant la fermeture pour tenter un départ en tour dès le lendemain. On continue sur l’avenue, toute pourrie, et on commence à se demander si on ne s’est pas trompés car il n’y a vraiment rien. Finalement, le bureau est dans une maison en bois cachée. Pas super efficace comme signalisation. Mais elle a le mérite d’être ouverte, et en plus nous sommes accueillis chaleureusement par deux jeunes hommes, adorables et anglophones. Ils nous aideront à nous réconcilier avec leurs compatriotes de Tha Kaek rencontrés depuis quelques heures. On se décide pour un tour de deux jours, en se greffant sur un autre couple ayant déjà réservé. Balade dans le parc national, avec nuit dans un village. Le tout fait partie du projet d’éco-tourisme d’une ONG néerlandaise, très bien.

On décide de se faire plaisir en allant se poser dans le restaurant de l’hôtel design. Pour la peine ce sera nourriture occidentale. L’Asie c’est bien mais parfois c’est trop le bordel et ça fatigue.

On y croise par hasard le couple de vieux Français qui étaient derrière nous pendant la croisière sur le Mekong et que nous avions déjà vus rapidement à Vientiane. Décidément.
Ils sont mignons, avec lui qui nous explique par exemple qu’ils mettent des commentaires sur les sites spécialisés concernant tous les hôtels dans lesquels ils séjournent, et que donc maintenant ils sont connus et attendus, parce que vous comprenez à chaque fois on a un mail de remerciement pour notre contribution. Je n’ai pas le cœur de leur dire que ce sont des mails automatiques…
Il me demande ensuite si on s’y connaît en iPhone car il en a acheté un à la frontière thaïlandaise (mmh, ça part mal...) mais n’arrive pas à régler l’heure. Non je ne m’y connais pas spécialement mais pour régler l’heure ça devrait aller. Il redescend quelques minutes après avec l’engin. Aie, il est tellement faux que j’ai envie de rigoler. C’est un truc en plastique qui ressemble vaguement à un iPhone de loin de dos dans le noir. Et l’écran tactile n’en est pas un, impossible de taper ce qu’on veut, ça tombe deux touches à côté, et il faut appuyer de toutes ses forces. Encore une fois, pas le cœur de lui dire quoi que ce soit, il est tellement content de son achat. Ses filles lui annonceront. Mais il a quand même payé ça 70 euros, c’est dur. Bref, je lui règle donc l’heure. Par curiosité, je lui demande comment ça se passe pour les appels, il me répond qu’il a été prudent et qu’il a testé sur place en appelant la boutique et ça a marché. Ok, il y avait un peu de crédit sur sa puce. Mais, comment vous allez faire pour remettre du crédit ? Visiblement, il ne s’est pas posé la question. Mais à part tout ça, nous sommes très admiratifs car ils doivent avoir une septantaine bien solide et pourtant ils voyagent aux quatre coins du monde, vont tous les ans passer quelques semaines au Brésil etc, et le tout pas en palace mais à la locale. Donc ils ont beau faire des erreurs et se faire un peu arnaquer de temps en temps, on admire beaucoup leur bougeotte.

Allez, après cette belle journée, il est temps de rentrer nous coucher dans notre belle demeure à perpète, qui sent le renfermé et aux draps suspects. Mais on se dit qu’au moins on peut faire une bonne nuit et se reposer pour le trek du lendemain. Ah, en fait non, car pile en face de l’hôtel a lieu une fête énormissime au milieu d’un champ, où ont été dressés une scène avec tout le matériel pour un concert, des dizaines de tables et des centaines de chaises en plastique. Mais ce qui compte vraiment c’est le volume de la musique. Or bien évidemment il est d’un niveau intersidéral. Franchement, sans exagérer, on doit l’entendre à 5km à la ronde. Les amplis sont saturés, les participants doivent devenir fous d’avoir autant de décibels grésillant dans les oreilles. Il faut qu’on se tape la soirée du siècle de Tae Kaek pile aujourd’hui, mais qu’est-ce qu’on a fait pour mériter ça ? Et ça va de mal en pis, après une espèce de concert vaguement normal enchaînent les passages de chanteurs amateurs en mode karaoke. Et bien sûr, plus la soirée avance, plus ils ont ingurgité d’alcool et plus ils chantent faux. C’est atroce. A plein volume. Infernal. Jusqu’à 2h du matin.

Vendredi 8 avril – Tha Kaek

Nous laissons nos gros sacs à la guesthouse, tant bien que mal sans un traître mot de langue commune entre nous et les employés, en essayant d’expliquer par geste que nous revenons le lendemain soir, et c’est avec deux petits sacs que nous attendons notre pick-up. Arrive en tuktuk notre guide, Kham, qui s’avère être un des jeunes hommes sympas de l’office du tourisme, cool. On fait la connaissance de nos partenaires de tour, un couple, Jo (officiellement Joanne), Anglaise, et Russ (officiellement Russell), Australien. Premiers contacts un peu froids, ils ne sont pas très bavards on trouve.

Le premier trajet nous conduisant dans le parc national dure presque une heure, d’abord sur une belle route goudronnée, puis sur une piste catastrophique. On arrive en bout de course dans le village de Ban Nah, composé de maisons traditionnelles en bois sur pilotis. Des enfants cracra jouent mais pas d’adultes en vue. On comprend qu’ils sont tous réunis dans l’une des maisons car il y a eu un décès. Il s’agit de la mère d’un ami de notre guide, qui prend quelques minutes pour aller rendre visite à la famille.
Il nous présente ensuite nos deux guides locaux, qui nous accompagneront sur les sentiers du parc. C’est toujours la même chose mais à chaque fois le même contraste : les touristes suréquipés en vêtements techniques, chaussures à semelles aérées super-antidérapantes et je ne sais quoi, les sacs bien harnachés, remplis de tout le nécessaire de survie en milieu hostile. Nos guides sont en tongs aux semelles devenues fines comme du papier, vêtements troués et sacs bricolés avec vaguement une petite bouteille d’eau dedans. Et Dieu sait qu’ils sont pourtant mieux équipés que nous s’il y avait le moindre souci. D’abord ils sont la machette, et ça c’est important, et puis ce sont des vrais, pas de petites natures de blancs becs comme nous.
Bref, on est partis.

Côté paysages, on commence par les roches karstiques, typiques du parc, et qui sont splendides en fond des rizières.



Puis deux grottes, l’une ouverte avec une petite zone cachée où l’on peut admirer des « diamants », en réalité de petites pierres qui scintillent mais très joli, et l’autre plus fermée avec une rivière souterraine d’un bleu incroyable qui ne rend malheureusement pas très bien en photo.




Côté curiosités, à peine sortis du village et nos guides nous montrent tout ce qui est intéressant sur le chemin, les arbres, les plantes médicinales, les insectes, les légendes, les anecdotes. Exactement ce qui permet que quelques heures de marche passent comme si de rien n’était.
Par exemple, ils nous montrent la sorte de sève, le maiyaut, que l’on peut enflammer dans le creux d’un arbre, devenant ainsi noire et collante et pouvant servir pour faire des torches brûlant plusieurs heures d’affilée. Ou encore ce qu’ils appellent le maipeuy,  l’ « arbre nu », car son écorce semble avoir été coupée au couteau.


Mon petit préféré de la forêt c’est une fleur étrange, la dorkchampa, comme un mini saule-pleureur, aux dizaines de petites tiges molles blanches et roses qui sentent magnifiquement bon. La nature créée des choses rigolotes parfois. Et pour les amateurs d’Avatar, je pense que Cameron s’est inspiré de cette fleur pour créer les graines de l’arbre sacré.




On se pose en bord de rivière pour le déjeuner qui a été préparé par l’un des deux guides locaux qui nous avait devancés. On ne savait pas trop à quoi s’attendre, ce sera absolument délicieux, à s’en faire exploser le ventre. Franchement, si je n’avais pas craint d’être malade, j’en aurais mangé encore plus. Poisson grillé au feu à mourir, riz gluant, un peu de porc mariné grillé, œufs durs aux oignons doux, un peu de piment, pfiu.



On nous propose de nous baigner mais l’eau n’est pas très engageante. Rien de sale mais même on ne peut plus naturels, trop de déchets. Ross et Jo se lancent mais n’insistent pas longtemps. Pendant ce temps, Nico essaie de faire un petit somme mais en est empêché par les moucherons omniprésents. On décolle donc.



C'est seulement la carapace vide de l'insecte qui a mué, fou
Autoroute de termites

Dans l’après-midi, nouvelle cave, Phacsan, très impressionnante. Immense, belle, avec un lac tout aussi beau que dans la cave du matin, mais plus accessible cette fois. Une bande de jeunes garçons est en train de s’amuser dans l’eau. Ils ne tardent pas trop à sortir après notre arrivée, peut-être timides, peut-être frigorifiés car l’ombre fait descendre la température de façon étonnante. Si l’on attend trop, nous n’aurons plus assez chaud pour apprécier le plongeon dans l’eau fraîche donc on se lance rapidement, en paréo couvrant pour les filles car au Laos il est malvenu de se baigner trop dénudée. On a eu la chance de se baigner dans des coins sympas pendant ce voyage et ce lieu confirme la tendance. On est seuls, malgré les quelques petites paires d’yeux qui ont grimpé et se sont cachées dans la roche à mi-hauteur, c’est calme, l’eau est belle. On a une chance incroyable.






Pendant ce temps, nos trois accompagnateurs laotiens dorment.



Russ et moi avons du mal à sortir de l’eau car malgré la fraîcheur c’est un vrai bonheur. Mais il faut bien au bout d’un moment. Nous avons ensuite encore le temps de profiter un peu de la vue et du calme avant de repartir.

On reste dans la zone et on récupère la même cave mais par une entrée différente, pour découvrir un Bouddha installé en hauteur.




On termine la marche de la journée sous un grand soleil, qui tape bien fort sur le système. On profite de ce temps pour faire connaissance avec nos collègues touristes. Ils sont tout à fait sympas malgré la retenue du début.

Champ de tabac
 





Nous arrivons en fin d’après-midi au village de Ban Phon Tong. Kham nous fait d’abord poliment faire le tour du village pour saluer quelques habitants. Une famille est en train de mettre en bottes des feuilles de tabac séchées, une production importante dans la région. Les feuilles sentent bon. Même sans être fumeur je trouve que l’odeur de tabac frais est agréable.


Puis on se pose par terre avec un papy qui, d’après Kham, passe ses journées là à regarder la vie du village. Après avoir bien trimé toute sa vie, il apprécie de buller par terre.

Que d'efforts pour une mangue!
On découvre enfin notre logement, totalement étonnant, une maison sur pilotis superbe. On ne s’attendait largement pas à si confortable. Il n’y a qu’une grande pièce que l’on va partager pour la nuit, avec de petits matelas posés par terre côte à côte, surplombés de moustiquaires, mais également une immense terrasse. On va être bien. Et on l’est déjà rien qu’en se posant et en enlevant nos chaussures.







On apprend rapidement qu’il y a même une échoppe dans le village avec, parait-il, des bières. Mais serait-ce le paradis ? Bon, échoppe c’est vite dit, c’est une mini-cabane irrégulière dans laquelle quelques caisses de boissons s’entassent, et quelques sacs plastiques suspendus à un mur proposent des bonbons. Mais il y a bien des bières, et la jeune fille va même en chercher deux qui se trouvent au frais dans une maison voisine. Pour Nico et moi ce sera Pepsi pour l’instant, malheureusement il n’y en a plus qu’un frais mais on fera avec, c’est déjà top. On s’installe sur notre terrasse avec nos boissons, tran-qui-lou.

Quand le courage nous reprend un chouia, on se bouge même pour prendre une petite « douche », c’est-à-dire auto-projection d’eau à l’aide d’une bassine, mais dans une cabine fermée et avec savon et shampoing, donc on peut officiellement considérer cela comme une douche. Propres comme des sous neufs.

En début de soirée, on fait un tour à la cuisine, une petite cabane à côté de la maison. Russ est cuisinier, ce qu’il avait sagement omis de mentionner, mais je me fais un plaisir de cafter, il se retrouve donc aux fourneaux à crever de chaud au-dessus du feu. Pendant ce temps je pèle l’ail et je coupe les légumes.

Le traditionnel " lap ", une salade de bœuf et d'herbes fraîches


A l’heure de l’apéro, on laisse les pros terminer la préparation du repas et, croyez-le ou non, mais on sort les boules de pétanque. Sans déconner. Car on est certes dans un village paumé mais on est tout de même au Laos, ancienne colonie française, et la « petang » reste un passe-temps bien apprécié. Petang donc.



On se fait ensuite servir comme des rois dans nos quartiers. Riz, le lap, poêlée de poulet et légumes, que demander de plus.



Repus de chez repus, on s’installe à nouveau sur notre terrasse avec de nouvelles munitions de bière. L’alcool aidant, les langues se délient et on sympathise bien. Jo et Russ nous apprennent qu’ils étaient un peu méfiants au départ car ils ne savaient pas à qui ils avaient à faire et n’avaient pas eu de chance jusqu’à maintenant concernant leurs camarades forcés de voyage. Ils nous gratifient d’un « vous êtes les premières personnes sympas avec qui on fait un tour », on apprécie. De notre côté, ça ne fait que confirmer qu’à l’inverse d’eux nous avons eu beaucoup de chance jusqu’à présent et que cette fois encore on tombe sur des gens cool.



On attend la suite en jouant avec les deux petits garçons de la famille, totalement crasseux mais marrants. On se demandait quel âge avait le plus grand, en réalité il a 12 ans alors qu’il en paraît la moitié car il a été privé d’oxygène à la naissance et il a donc un retard important. Mais il adore qu’on s’occupe de lui et dévore tout ce qu’on lui offre. Les deux sont particulièrement gourmands.



Vers 21 heures, des personnes âgées commencent à arriver. Ce sont les anciens du village, qui nous organisent un « baci », la cérémonie de bienvenue traditionnelle à laquelle nous avons déjà eu droit plusieurs fois. Ils ont l’air contents de se voir et ça papote sévère en attendant les retardataires. Ils se sont tous faits beaux, ça nous touche.
Une fois tout le monde arrivé, nous nous approchons de l’autel portatif sur lequel nous posons chacun une main, les autres participants se joignant à nous en mettant la main sur l’épaule d’un voisin, dans une sorte de chaîne humaine. Le chamane prononce ses prières. Puis un par un nous devons prendre une boulette de riz dans une main et la poser sur l’autel, l’autre tendue devant le visage comme une demi-pose de prière. Le chamane nous noue un cordon blanc autour du poignet en prononçant des prières pour éloigner les mauvais esprits et faire entrer les bons. On termine par une gorgée de lao lao, la gnôle nationale, ça ne peut pas faire de mal. Les autres anciens font la même chose jusqu’à ce que les cordons blancs soient épuisés. Mon poignet commence à être chargé. Avec tous ces bacis, j’en suis à 5 ou 6 bracelets. On dit qu’on peut les dénouer au bout de quelques jours mais je n’ose pas. En tous cas les shots de lao lao font leur effet et on se sent commencer à planer.



Une fois la cérémonie terminée, c’est la détente et on discute soit entre nous soit avec nos hôtes, grâce à la traduction de Kham. L’ébriété avançant, la communication est même de plus en plus facile. Nico devient super pote avec un des types, adorable, qui parle pourtant très peu anglais.

Le pote de Nico




De façon générale, la conversation a tendance à être accaparée par une grande gueule, avec un anglais basique mais devenu incompréhensible et qui nous force à jouer à des jeux dont on a du mal à comprendre les règles mais qui l’éclatent. On s’exécute, à moitié saoulés, au sens propre comme au figuré, à moitié morts de rire.


Les moins résistants commencent carrément à dormir devant nous, allongés sur le sol, mais certains tiennent le choc. Ils finissent par partir petit à petit et on doit se résigner à aller se coucher. Non pas que l’on ne prolongerait pas encore cette soirée mémorable mais on est vraiment épuisés.
Quelle journée. Autant Tha Kaek nous file des boutons, autant aujourd’hui nous réconcilie définitivement avec la région.

Samedi 9 avril – Tha Kaek

Le lendemain matin, après une nuit on ne peut plus correcte malgré la rudesse du sol et un super petit déjeuner, on fait une petite photo de groupe et on repart.





La matinée se passe dans la campagne et la forêt comme la veille mais on atterrit cette fois dans le village de Ban Nah Kesso, plus développé. Après plusieurs heures de marche sous une chaleur écrasante, on s’écroule comme des galériens sur le tapis de la famille qui nous accueille. On est tous tellement épuisés que l’on n’arrive même plus à dormir. On se paie des Pepsis bien frais trouvés dans une échoppe du village. C’est étonnant le nombre de boutiques pour un si petit village.

Maison modeste MAIS antenne satellite obligatoire
On en profite pour observer la bande de garçons scotchés devant leur jeu vidéo (un vieux Street Fighter sur une super Nintendo totalement désossée) dans la pièce d’à côté. On se dit que les gamins sont vraiment les mêmes partout dans le monde. On est morts de rire en les voyant se battre sur un score ou sur à qui est-ce le tour de jouer.



Puis le déjeuner nous est servi et on se régale.

Même pas le temps de digérer et notre tracteur est avancé. Au Laos, tous les tracteurs se ressemblent mais certainement pas à l’idée qu’on se fait d’un tracteur. C’est une espèce de moteur de tondeuse à gazon (donc très bruyant), monté sur deux roues moyennes, d’où sortent deux tiges immenses qui servent de guidon au chauffeur installé sur une carriole en bois.



C’est fun au début mais là-dedans on est secoués comme des pruniers donc il faut être stratégique : soit assis mais attention aux atterrissages brutaux sur  les fesses, ou alors debout et tout est dans la souplesse et la résistance des genoux. Il faut noter qu’on est conduits par un gamin de 3 ans (j’exagère, il en a au moins 8).


Il nous dépose au lac de Koun Kong Ley, connu pour son bleu (toutes les étendues d’eau du coin sont d’un bleu magnifique, je sais, je me répète mais c’est comme ça). Et on peut s’y baigner, ce dont on ne se prive pas, toujours sous les yeux curieux des locaux, principalement des ados. L’eau est fraîche mais étant donnée la température ambiante c’est un vrai bonheur.





Une fois régénérés, on remonte sur notre bolide. On repasse par le village mais on le traverse pour continuer notre route et rejoindre le chauffeur de tuktuk qui nous attend plus loin. Le trajet prendre une bonne heure, ce qui, sur un engin pareil et des pistes pleines de crevasses, peut être un vrai calvaire.



On termine à pied, par une bonne côte qui finit de nous détruire les genoux.Mais le tuktuk est bien là au bout du chemin et on continue, mais cette fois sur une route de bonne qualité et un véhicule plus confortable, ce qui est un comble quand on sait qu’on parle de tuktuk.

Retour à notre super guesthouse le temps d’une petite douche et on sort dîner. Apéro à l’hôtel design et repas thaï dans un boui-boui voisin.

"Jimmy Karaoke", spéciale dédicace à mon Papa!

Les autres photos sont LA.

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