Jeudi 27 janvier – Bora Bora
Un peu crevés de notre séance de plongée du matin, nous nous retrouvons à l’aéroport. Ayant de l’avance, je me fais un petit plaisir shopping. Jusqu’à maintenant j’ai été vraiment raisonnable car je savais que je ne pouvais pas porter grand-chose de plus mais là, les petites robes polynésiennes sont trop tentantes.
Nous avons maintenant l’habitude, vol ultra court. Seule différence, l’avion est en majorité occupé par des couples. He oui, Bora c’est une destination lune de miel.
L’arrivée au-dessus de l’île est à… couper le souffle. Nous ne sommes pas du bon côté de l’avion donc pas de photo intéressante, mais ce qu’on en a vu suffit. C’est vraiment l’île polynésienne comme on la rêve. Pour vous donner une idée, voici une photo qui n’est pas de moi.

L’aéroport est plus complet que ceux vus jusqu’à présent, on sent qu’il y a plus de tourisme. Et les comptoirs sont révélateurs : tous les palaces flottants sont représentés, avec boys en uniforme qui gèrent les bagages de leurs clients. Nous faisons vraiment exception au milieu de tout ça avec nos sacs à dos tout cradingues, que l’on récupère nous-mêmes, comme des grands.
L’aéroport se situe sur un motu, il faut donc prendre une navette pour se rendre sur l’île. La navette n’est pas trop mal, un catamaran bien moderne.
L’attente et le trajet permettent de confirmer que c’est bien un des aéroports à l’environnement le plus paradisiaque du monde. Voilà ce que ça donne :

Sur l'île principale qui nous fait face, une démonstration grandeur nature de ce fameux raté de tondeuse qui arrive parfois quand on coupe les cheveux de notre mec. Aucune idée de ce que ça peut bien être.

Le bateau nous dépose à Vaitape, la « ville » principale. Ce n’est quand même pas bien grand. Mais pas bien charmant non plus. La pension Vaite Lodge où nous avons réservé est censée venir nous chercher mais personne sur le quai… Un peu d’attente et d’inquiétude et finalement Yves arrive dans son 4x4. On apprend que le couple qui gère la pension n’est pas là en ce moment car elle est hospitalisée en France et qu’ils sont de remplacement pendant la convalescence. Pas de souci, mais nous sommes quand même un peu déçus car nous avions choisi cette pension en partie parce que le patron est un ancien chef et que sa demi-pension a la réputation d’être de très grande qualité. Tant pis.
La pension est située presque à l’opposé de Vaitape, dans la baie de Hitiaa, et la route nous permet de profiter encore du lagon.
La maison est très grande, un peu en hauteur de la route. Notre chambre est simple mais agréable. Nous rencontrons Marie qui nous accueille chaleureusement. On discute de la vie en Polynésie. Ils sont Lorrains et ont décidé de prendre leur retraite ici. Ils connaissaient un peu car le frère d’Yves habite à Tahiti mais la décision a été assez brutale quand même. En tous cas ils sont contents.
On décide de profiter de la fin d’après-midi pour aller se baigner à la plage de Matira, la seule plage publique de l’île. Yves nous emmène en voiture, on peut ainsi découvrir un autre bout de côte. La plage est immense, sable blanc et lagon. Le soleil tape très fort et c’est un vrai plaisir de se jeter à l’eau. On fait trempette un bon moment.
Yves se met aux fourneaux pour le dîner pendant qu’on prend l’apéro sur la terrasse, vue sur le lagon. Ce n’est peut-être pas de la grande gastronomie mais on a droit à un festin de cuisine familiale, bien français, ce qui nous ravit. Saucisson, cornichons, morceau succulent de bœuf (néo-zélandais, comme pratiquement toute la viande consommée en Polynésie française, ça promet pour notre séjour là-bas), sauce champignons, frites maison, brownie et glace vanille, le tout arrosé d’un rouge bien sympathique. Aaaaaaah, on est bien.
Vendredi 28 janvier – Bora Bora
Petit déjeuner top sur la terrasse, on se gave.
On emprunte ensuite les vélos de la pension. C’est le résultat d’intenses discussions avec Nico car, l’île n’ayant pas de location de scooter (étonnant, et qui doit être assez unique dans les îles), on a le choix entre voiture et vélo. La première option est certes un peu too much car le tour de l’île fait 32km, et pour presque 100€ c’est du vol. En même temps, le vélo c’est pas mon truc, mais alors pas mon truc du tout. Autant Nico adore, autant je déteste. Sauf en ville à plat, là il n’y a pas de souci. Mais sous le cagnard, moyen.
Bref, le budget l’emporte et les vélos quasi-gratuits aussi.

Une dizaine de kilomètres plus loin, pendant lesquels je maudis Nico intérieurement car je suis en nage, nous arrivons à Vaitape où nous avions prévu une halte bien méritée dans un café. Nico s’approche de moi l’air bizarre : « C’est bien tu as le sourire mais je pense que tu vas bientôt le perdre… Tu vas hurler… J’ai oublié l’argent à la pension. » Hum. Hors de question de faire l’aller-retour à vélo, Nico appelle donc Yves tout penaud pour lui demander s’il peut nous apporter e portefeuille. Le transfert est payant mais ce n’est même pas le problème, on a simplement honte. On patiente à l’ombre, moi de très mauvaise humeur, en me disant en plus que j’en ai encore pour 20km. On observe le ballet des navettes qui chargent et déchargent des hordes d’Américains en chemises à fleurs des paquebots de croisière qui mouillent dans la baie.
Une fois récupéré l’argent nous nous installons sur le ponton d’un bar. La vue est magnifique sur le lagon. Enfin je peux arrêter de dire ça pour la suite de notre séjour à Bora car partout où on s’arrête il y a une vue magnifique sur le lagon.
On profite de l’air et on se repose. Soudain, un coup de vent et les lunettes de soleil de Nico qui étaient posées sur la table, plouf, à l’eau. C’est seulement la 3ème paire du voyage… Il hésite quelques minutes à descendre dans l’eau sous le ponton car il n’y a pas beaucoup de profondeur mais la perspective de s’afficher devant tout le monde le bloque un peu. Donc si, vous, cela ne vous effraie pas, une paire de lunettes de soleil bolivienne à 2€ avec un « verre » rajusté à la glu vous attend au pied du Saint James à Vaitape.
On repart sur nos montures et on avale la deuxième dizaine de kilomètres qui nous amène à la plage de Matira où nous étions la veille. On choisit une « cabane », ces petites gargottes bon marché, enfin, sur une échelle polynésienne. Mon steak n’est pas bon, le plat de Nico pas terrible non plus, mais la vue compense.
On se pose ensuite sur la plage où on se détend les jambes dans l’eau, alternativement car c’est un peu le problème de traîner un appareil photo de valeur… Repos à l’ombre d’un palmier, ce n’est pas désagréable non plus.
On termine la route pour retourner à la pension. Douche et sieste bien méritées.
On rencontre Mimi, la femme de ménage de la pension. En réalité, c'est plus précisément une "mahu" (terme traditionnel) ou "rae rae" (terme moderne), c'est-à-dire un travesti. En Polynésie, les mahu existent depuis toujours et ont une place particulière dans les communautés. Traditionnellement, elles/ils sont élevés à part, sans les obligations, guerrières en particulier, qui incombaient aux garçons. Elles pratiquaient des activités artistiques réservées aux femmes etc. Aujourd'hui, on ne sait pas trop comment ça se passe exactement mais elles semblent à la fois bien intégrées et discriminées. Nous en avons vus plusieurs travailler dans les pensions où nous avons séjourné, ce qui est apparemment le secteur où elles trouvent le plus de travail, et croisé pas mal au quotidien. Pour être honnête, parfois une personne avec une bonne carrure de Polynésien dans une petite robe fleurie, ça prête un peu à sourire. Elles sont toutes très coquettes, très efféminées.
Ce soir nous avons réservé dans un des restaurants un peu courus de l’île, mis à part ceux gastronomiques des palaces. Le cadre est sympa, en extérieur. Il est plein, pratiquement uniquement de touristes des hôtels voisins. Le prix vaut la peine, on se régale. Poisson à la tahitienne, cassolette de fruits de mer et langouste, poisson, bon vin blanc.
Samedi 29 janvier - Bora Bora
Nous avons réservé une demi-journée d’excursion en bateau ce matin, avant notre retour à Tahiti qui marque la fin de notre séjour polynésien.
Rendez-vous nous a été donné à 8h30 à une pension près de la plage. Nous arrivons à 8h15, personne. On passe la tête dans l’entrée des deux maisons, c’est mort. Finalement, un jeune homme sort, on lui explique, il n’est pas du tout au courant de ce qui nous concerne mais il sait que le bateau est déjà parti. Quoooooi ? On le voit errer plusieurs minutes à droite à gauche avant de passer un coup de fil. Il parle en polynésien donc impossible de comprendre ce qui se trame. Il demande finalement à une jeune femme, par ailleurs très jolie, de nous conduire je ne sais où pour récupérer le bateau. C’est parti, tout ça pour se retrouver à quelques centaines de mètres de notre point de départ de ce matin. Pendant le trajet, on demande à la fille confirmation de l’histoire du bateau. « Je ne sais pas, on m’a juste demandé de vous conduire. » Merci. Ce qui nous saoule le plus ce n’est ni l’oubli ni le retard mais que nous soyons en train de rater de jolies choses. On est donc maintenant sur un parking avec un entrepôt au milieu, au bord de l’eau. La fille entre dans le bâtiment, en ressort, tourne autour, va scruter la mer, tourne, se réinstalle dans la voiture pour attendre. Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Finalement, un petit bateau approche avec un local très local à la barre, et deux touristes. On embarque. Questions évidentes : « Mais nous n’avions pas rendez-vous à 8h30 à la pension ? » « Oui, non, je ne sais pas, mais pas de souci. » « Ok mais j’ai bien réservé par téléphone avant-hier. » « Ca devait être Yannick. » Mais mais mais… si c’est ce Yannick qui est censé nous avoir aujourd’hui, il faudrait peut-être le prévenir non ? Oh et puis merde, qu’ils se débrouillent, nous on a suivi les instructions, tant pis pour eux, on ne va pas se gâcher nos derniers moments à Bora.
Le capitaine continue à longer l’île en nous expliquant deux ou trois choses sur les éléments qu’on aperçoit sur la côte ou les reliefs. Il doit avoir une soixantaine d’années, tout sec, les cheveux gris attachés, la chemise ouverte et une sorte de maillot de bains mais fait d’un tissu polynésien noué un peu comme une couche… La classe.
Avec nous, deux Français d’une cinquantaine d’années, de grands pontes de France Télévision. Effectivement, la tête de l’un d’entre eux nous est familière et on comprend qu’on l’a vu plusieurs fois sur le petit écran.
Prochaine étape : on sort du lagon par une passe agitée pour s’arrêter juste de l’autre côté. On s’amarre à bouée constituée d'une bouteille en plastique…
C’est sur ce spot que nous allons faire connaissance avec les requins. Effectivement, on aperçoit des ailerons juste autour du bateau. Nico est en panique mais il se dit que si le capitaine le fait et dit que c’est bon alors il n’y a pas de vrai danger. Il n’est quand même pas très motivé. Nos deux compagnons n’en mènent pas large non plus. Les trois trainent à s’équiper etc. Ca me fait rire, je me change rapidement et je saute à l’eau. Je baisse la tête et je découvre des dizaines de « pointe noire », pas très grands, peut-être 1m50, qui ont un petit aileron noir comme leur nom l’indique, dont certains tout près de moi. J’avoue que ça fait un choc et que le cœur bat un peu plus vite. Je relève la tête et dis à Nico de descendre. Il me rejoint. « Ooooh putain. Mais yen a plein ! Ils sont tout autour ! Non mais je suis malade d’être là, mais qu’est-ce que je fous là… » Tout ça filtré par le tuba donc il faut décrypter. Au final, il surmontera sa peur et sera le dernier à sortir de l’eau. Bon, en revanche il a tenu ma main pratiquement tout le long… Mais à sa décharge, ça m’a été aussi utile car autant je n’avais pas très peur des requins, autant la profondeur ne me plaisait pas du tout.
En tous cas, nous ne sommes pas déçus et nous sommes réellement entourés de ces petites « pointes noires », attirés par la perspective d’être nourris. Effectivement, il y a un peu de triche car notre capitaine leur donne un peu de poisson de temps en temps. Ils restent tous assez près de la surface, dans les 3 premiers mètres à peu près. Notre attention est totalement portée sur cette zone, nous n’avions donc pas encore remarqué qu’en-dessous de nous, tout au fond, d’autres bestioles intéressantes : des « requins citron », beaucoup plus grands, plus de 4m nous dira le capitaine, on veut bien le croire. Alors que les pointes noires sont nerveux et rapides, les citron sont très calmes et nagent très tranquillement au ras du sol, de façon encore plus inquiétante certainement. Comme je le disais, je n’ai pas peur sauf à des moments particuliers, lorsqu’ils se décident à venir voir qui on est et se plantent face à face, avec leur tête caractéristique, ce « sourire » et ces petits yeux. Cette vision là a un impact très spécial dans notre inconscient, même pour moi qui n’ai pas vu le film de Spielberg. Mais cela dure une seconde ou deux, ils décident qu’on ne les intéresse pas et vont voir ailleurs.
Les deux autres font seulement un tour rapide dans l’eau mais Nico et moi trainons un bon moment, contents de cette expérience et on remonte dans le bateau très contents.
On s’aperçoit qu’un autre bateau est arrivé mais en version charter. Les guides lancent de la nourriture dans l’eau et les touristes se contentent de regarder. Ils sont donc étonnés de nous voir sortir de l’eau. On est tout fiers…
Encore excités, on se rend dans un autre coin du lagon, moins profond. En nous approchant, on aperçoit de nouvelles pointes noires mais également de très nombreuses tâches sombres. Ce sont les raies que nous sommes venues voir. On se met à l’eau, mais nous avons pied cette fois. Le capitaine joue les intermédiaires pour les premiers contacts. Il n’hésite pas à les attraper et à leur tenir la tête pour qu’on les caresse. Je retrouve les sensations que j’avais eues en aquarium, c’est une surface très lisse et gluante, pas désagréable quand on contrôle le contact. Mais ici il y en a tellement qu’elles nous frôlent à tout moment et nous surprennent. Quand elles se collent à notre dos ou passent le long des jambes sous l’eau on ne peut pas s’empêcher de sursauter. Au bout du compte, on est même moins à l’aise qu’avec les requins. Mais c’est quand même une occasion unique et on en profite à fond. Quand on utilise les masques pour observer ce qui se passe en-dessous, on se rend compte qu’il y a des dizaines et des dizaines de raies, accompagnées de leurs gardes du corps les requins. Ca grouille. Pas mal, pas mal.



Nous repartons pour nous rendre pratiquement à l’opposé, près de la plage.
En chemin, le ciel gris qui menaçait au loin pendant la matinée se rapproche dangereusement pour finalement éclater en une bonne grosse pluie. Lorsque nous accostons sur un motu, cela s’est calmé et nous nous dépêchons de nous abriter de la petite pluie qui reste. Nico évalue mal la profondeur de l’eau lorsqu’il descend et tombe à genoux. Dans un réflexe inespéré, il maintient la main qui tenait le sac avec l’appareil photo hors de l’eau. On est passés tout près du drame, mais Nico n’a pas eu peur du ridicule pour effectuer ce sauvetage miraculeux. Il a les genoux qui saignent mais tout le monde s’en fout un peu, on préfère se moquer de sa pose improvisée.
En attendant le déjeuner, on patiente en regardant tomber la pluie, qui crée un contraste intéressant entre le bleu du lagon et le gris du ciel. La grand-mère chez qui nous sommes a installé une table couverte de plats tous plus appétissants les uns que les autres. On se jette dessus et on déguste de l’espadon, en steak et cru (le meilleur poisson à la tahitienne goûté), des légumes locaux, des fruits… Certes il ne fait pas très beau pour nos derniers instants à Bora mais on l’a vite oublié.

C’est la fin et nous reprenons le bateau en nous dirigeant vers l’aéroport pour déposer les deux hommes qui repartent directement. Sur le chemin, nous passons devant notre pension, dont nous nous approchons au maximum. Mais nous devons sauter à l’eau pour atteindre le bord. Une petite douche et on termine le séjour en papotant avec Yves et Marie.
Les autres photos sont LA.
Un peu crevés de notre séance de plongée du matin, nous nous retrouvons à l’aéroport. Ayant de l’avance, je me fais un petit plaisir shopping. Jusqu’à maintenant j’ai été vraiment raisonnable car je savais que je ne pouvais pas porter grand-chose de plus mais là, les petites robes polynésiennes sont trop tentantes.
Nous avons maintenant l’habitude, vol ultra court. Seule différence, l’avion est en majorité occupé par des couples. He oui, Bora c’est une destination lune de miel.
L’arrivée au-dessus de l’île est à… couper le souffle. Nous ne sommes pas du bon côté de l’avion donc pas de photo intéressante, mais ce qu’on en a vu suffit. C’est vraiment l’île polynésienne comme on la rêve. Pour vous donner une idée, voici une photo qui n’est pas de moi.

L’aéroport est plus complet que ceux vus jusqu’à présent, on sent qu’il y a plus de tourisme. Et les comptoirs sont révélateurs : tous les palaces flottants sont représentés, avec boys en uniforme qui gèrent les bagages de leurs clients. Nous faisons vraiment exception au milieu de tout ça avec nos sacs à dos tout cradingues, que l’on récupère nous-mêmes, comme des grands.
L’aéroport se situe sur un motu, il faut donc prendre une navette pour se rendre sur l’île. La navette n’est pas trop mal, un catamaran bien moderne.
L’attente et le trajet permettent de confirmer que c’est bien un des aéroports à l’environnement le plus paradisiaque du monde. Voilà ce que ça donne :
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| L'aéroport et l'embarcadère |

Sur l'île principale qui nous fait face, une démonstration grandeur nature de ce fameux raté de tondeuse qui arrive parfois quand on coupe les cheveux de notre mec. Aucune idée de ce que ça peut bien être.

Le bateau nous dépose à Vaitape, la « ville » principale. Ce n’est quand même pas bien grand. Mais pas bien charmant non plus. La pension Vaite Lodge où nous avons réservé est censée venir nous chercher mais personne sur le quai… Un peu d’attente et d’inquiétude et finalement Yves arrive dans son 4x4. On apprend que le couple qui gère la pension n’est pas là en ce moment car elle est hospitalisée en France et qu’ils sont de remplacement pendant la convalescence. Pas de souci, mais nous sommes quand même un peu déçus car nous avions choisi cette pension en partie parce que le patron est un ancien chef et que sa demi-pension a la réputation d’être de très grande qualité. Tant pis.
La pension est située presque à l’opposé de Vaitape, dans la baie de Hitiaa, et la route nous permet de profiter encore du lagon.
La maison est très grande, un peu en hauteur de la route. Notre chambre est simple mais agréable. Nous rencontrons Marie qui nous accueille chaleureusement. On discute de la vie en Polynésie. Ils sont Lorrains et ont décidé de prendre leur retraite ici. Ils connaissaient un peu car le frère d’Yves habite à Tahiti mais la décision a été assez brutale quand même. En tous cas ils sont contents.
On décide de profiter de la fin d’après-midi pour aller se baigner à la plage de Matira, la seule plage publique de l’île. Yves nous emmène en voiture, on peut ainsi découvrir un autre bout de côte. La plage est immense, sable blanc et lagon. Le soleil tape très fort et c’est un vrai plaisir de se jeter à l’eau. On fait trempette un bon moment.
Yves se met aux fourneaux pour le dîner pendant qu’on prend l’apéro sur la terrasse, vue sur le lagon. Ce n’est peut-être pas de la grande gastronomie mais on a droit à un festin de cuisine familiale, bien français, ce qui nous ravit. Saucisson, cornichons, morceau succulent de bœuf (néo-zélandais, comme pratiquement toute la viande consommée en Polynésie française, ça promet pour notre séjour là-bas), sauce champignons, frites maison, brownie et glace vanille, le tout arrosé d’un rouge bien sympathique. Aaaaaaah, on est bien.
Vendredi 28 janvier – Bora Bora
Petit déjeuner top sur la terrasse, on se gave.
On emprunte ensuite les vélos de la pension. C’est le résultat d’intenses discussions avec Nico car, l’île n’ayant pas de location de scooter (étonnant, et qui doit être assez unique dans les îles), on a le choix entre voiture et vélo. La première option est certes un peu too much car le tour de l’île fait 32km, et pour presque 100€ c’est du vol. En même temps, le vélo c’est pas mon truc, mais alors pas mon truc du tout. Autant Nico adore, autant je déteste. Sauf en ville à plat, là il n’y a pas de souci. Mais sous le cagnard, moyen.
Bref, le budget l’emporte et les vélos quasi-gratuits aussi.

Une dizaine de kilomètres plus loin, pendant lesquels je maudis Nico intérieurement car je suis en nage, nous arrivons à Vaitape où nous avions prévu une halte bien méritée dans un café. Nico s’approche de moi l’air bizarre : « C’est bien tu as le sourire mais je pense que tu vas bientôt le perdre… Tu vas hurler… J’ai oublié l’argent à la pension. » Hum. Hors de question de faire l’aller-retour à vélo, Nico appelle donc Yves tout penaud pour lui demander s’il peut nous apporter e portefeuille. Le transfert est payant mais ce n’est même pas le problème, on a simplement honte. On patiente à l’ombre, moi de très mauvaise humeur, en me disant en plus que j’en ai encore pour 20km. On observe le ballet des navettes qui chargent et déchargent des hordes d’Américains en chemises à fleurs des paquebots de croisière qui mouillent dans la baie.
Une fois récupéré l’argent nous nous installons sur le ponton d’un bar. La vue est magnifique sur le lagon. Enfin je peux arrêter de dire ça pour la suite de notre séjour à Bora car partout où on s’arrête il y a une vue magnifique sur le lagon.
On profite de l’air et on se repose. Soudain, un coup de vent et les lunettes de soleil de Nico qui étaient posées sur la table, plouf, à l’eau. C’est seulement la 3ème paire du voyage… Il hésite quelques minutes à descendre dans l’eau sous le ponton car il n’y a pas beaucoup de profondeur mais la perspective de s’afficher devant tout le monde le bloque un peu. Donc si, vous, cela ne vous effraie pas, une paire de lunettes de soleil bolivienne à 2€ avec un « verre » rajusté à la glu vous attend au pied du Saint James à Vaitape.
On repart sur nos montures et on avale la deuxième dizaine de kilomètres qui nous amène à la plage de Matira où nous étions la veille. On choisit une « cabane », ces petites gargottes bon marché, enfin, sur une échelle polynésienne. Mon steak n’est pas bon, le plat de Nico pas terrible non plus, mais la vue compense.
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| Vue de notre table |
On se pose ensuite sur la plage où on se détend les jambes dans l’eau, alternativement car c’est un peu le problème de traîner un appareil photo de valeur… Repos à l’ombre d’un palmier, ce n’est pas désagréable non plus.
On termine la route pour retourner à la pension. Douche et sieste bien méritées.
On rencontre Mimi, la femme de ménage de la pension. En réalité, c'est plus précisément une "mahu" (terme traditionnel) ou "rae rae" (terme moderne), c'est-à-dire un travesti. En Polynésie, les mahu existent depuis toujours et ont une place particulière dans les communautés. Traditionnellement, elles/ils sont élevés à part, sans les obligations, guerrières en particulier, qui incombaient aux garçons. Elles pratiquaient des activités artistiques réservées aux femmes etc. Aujourd'hui, on ne sait pas trop comment ça se passe exactement mais elles semblent à la fois bien intégrées et discriminées. Nous en avons vus plusieurs travailler dans les pensions où nous avons séjourné, ce qui est apparemment le secteur où elles trouvent le plus de travail, et croisé pas mal au quotidien. Pour être honnête, parfois une personne avec une bonne carrure de Polynésien dans une petite robe fleurie, ça prête un peu à sourire. Elles sont toutes très coquettes, très efféminées.
Ce soir nous avons réservé dans un des restaurants un peu courus de l’île, mis à part ceux gastronomiques des palaces. Le cadre est sympa, en extérieur. Il est plein, pratiquement uniquement de touristes des hôtels voisins. Le prix vaut la peine, on se régale. Poisson à la tahitienne, cassolette de fruits de mer et langouste, poisson, bon vin blanc.
Samedi 29 janvier - Bora Bora
Nous avons réservé une demi-journée d’excursion en bateau ce matin, avant notre retour à Tahiti qui marque la fin de notre séjour polynésien.
Rendez-vous nous a été donné à 8h30 à une pension près de la plage. Nous arrivons à 8h15, personne. On passe la tête dans l’entrée des deux maisons, c’est mort. Finalement, un jeune homme sort, on lui explique, il n’est pas du tout au courant de ce qui nous concerne mais il sait que le bateau est déjà parti. Quoooooi ? On le voit errer plusieurs minutes à droite à gauche avant de passer un coup de fil. Il parle en polynésien donc impossible de comprendre ce qui se trame. Il demande finalement à une jeune femme, par ailleurs très jolie, de nous conduire je ne sais où pour récupérer le bateau. C’est parti, tout ça pour se retrouver à quelques centaines de mètres de notre point de départ de ce matin. Pendant le trajet, on demande à la fille confirmation de l’histoire du bateau. « Je ne sais pas, on m’a juste demandé de vous conduire. » Merci. Ce qui nous saoule le plus ce n’est ni l’oubli ni le retard mais que nous soyons en train de rater de jolies choses. On est donc maintenant sur un parking avec un entrepôt au milieu, au bord de l’eau. La fille entre dans le bâtiment, en ressort, tourne autour, va scruter la mer, tourne, se réinstalle dans la voiture pour attendre. Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Finalement, un petit bateau approche avec un local très local à la barre, et deux touristes. On embarque. Questions évidentes : « Mais nous n’avions pas rendez-vous à 8h30 à la pension ? » « Oui, non, je ne sais pas, mais pas de souci. » « Ok mais j’ai bien réservé par téléphone avant-hier. » « Ca devait être Yannick. » Mais mais mais… si c’est ce Yannick qui est censé nous avoir aujourd’hui, il faudrait peut-être le prévenir non ? Oh et puis merde, qu’ils se débrouillent, nous on a suivi les instructions, tant pis pour eux, on ne va pas se gâcher nos derniers moments à Bora.
Le capitaine continue à longer l’île en nous expliquant deux ou trois choses sur les éléments qu’on aperçoit sur la côte ou les reliefs. Il doit avoir une soixantaine d’années, tout sec, les cheveux gris attachés, la chemise ouverte et une sorte de maillot de bains mais fait d’un tissu polynésien noué un peu comme une couche… La classe.
Avec nous, deux Français d’une cinquantaine d’années, de grands pontes de France Télévision. Effectivement, la tête de l’un d’entre eux nous est familière et on comprend qu’on l’a vu plusieurs fois sur le petit écran.
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| Une suite de palace flottant |
Prochaine étape : on sort du lagon par une passe agitée pour s’arrêter juste de l’autre côté. On s’amarre à bouée constituée d'une bouteille en plastique…
C’est sur ce spot que nous allons faire connaissance avec les requins. Effectivement, on aperçoit des ailerons juste autour du bateau. Nico est en panique mais il se dit que si le capitaine le fait et dit que c’est bon alors il n’y a pas de vrai danger. Il n’est quand même pas très motivé. Nos deux compagnons n’en mènent pas large non plus. Les trois trainent à s’équiper etc. Ca me fait rire, je me change rapidement et je saute à l’eau. Je baisse la tête et je découvre des dizaines de « pointe noire », pas très grands, peut-être 1m50, qui ont un petit aileron noir comme leur nom l’indique, dont certains tout près de moi. J’avoue que ça fait un choc et que le cœur bat un peu plus vite. Je relève la tête et dis à Nico de descendre. Il me rejoint. « Ooooh putain. Mais yen a plein ! Ils sont tout autour ! Non mais je suis malade d’être là, mais qu’est-ce que je fous là… » Tout ça filtré par le tuba donc il faut décrypter. Au final, il surmontera sa peur et sera le dernier à sortir de l’eau. Bon, en revanche il a tenu ma main pratiquement tout le long… Mais à sa décharge, ça m’a été aussi utile car autant je n’avais pas très peur des requins, autant la profondeur ne me plaisait pas du tout.
En tous cas, nous ne sommes pas déçus et nous sommes réellement entourés de ces petites « pointes noires », attirés par la perspective d’être nourris. Effectivement, il y a un peu de triche car notre capitaine leur donne un peu de poisson de temps en temps. Ils restent tous assez près de la surface, dans les 3 premiers mètres à peu près. Notre attention est totalement portée sur cette zone, nous n’avions donc pas encore remarqué qu’en-dessous de nous, tout au fond, d’autres bestioles intéressantes : des « requins citron », beaucoup plus grands, plus de 4m nous dira le capitaine, on veut bien le croire. Alors que les pointes noires sont nerveux et rapides, les citron sont très calmes et nagent très tranquillement au ras du sol, de façon encore plus inquiétante certainement. Comme je le disais, je n’ai pas peur sauf à des moments particuliers, lorsqu’ils se décident à venir voir qui on est et se plantent face à face, avec leur tête caractéristique, ce « sourire » et ces petits yeux. Cette vision là a un impact très spécial dans notre inconscient, même pour moi qui n’ai pas vu le film de Spielberg. Mais cela dure une seconde ou deux, ils décident qu’on ne les intéresse pas et vont voir ailleurs.
Les deux autres font seulement un tour rapide dans l’eau mais Nico et moi trainons un bon moment, contents de cette expérience et on remonte dans le bateau très contents.
On s’aperçoit qu’un autre bateau est arrivé mais en version charter. Les guides lancent de la nourriture dans l’eau et les touristes se contentent de regarder. Ils sont donc étonnés de nous voir sortir de l’eau. On est tout fiers…
Encore excités, on se rend dans un autre coin du lagon, moins profond. En nous approchant, on aperçoit de nouvelles pointes noires mais également de très nombreuses tâches sombres. Ce sont les raies que nous sommes venues voir. On se met à l’eau, mais nous avons pied cette fois. Le capitaine joue les intermédiaires pour les premiers contacts. Il n’hésite pas à les attraper et à leur tenir la tête pour qu’on les caresse. Je retrouve les sensations que j’avais eues en aquarium, c’est une surface très lisse et gluante, pas désagréable quand on contrôle le contact. Mais ici il y en a tellement qu’elles nous frôlent à tout moment et nous surprennent. Quand elles se collent à notre dos ou passent le long des jambes sous l’eau on ne peut pas s’empêcher de sursauter. Au bout du compte, on est même moins à l’aise qu’avec les requins. Mais c’est quand même une occasion unique et on en profite à fond. Quand on utilise les masques pour observer ce qui se passe en-dessous, on se rend compte qu’il y a des dizaines et des dizaines de raies, accompagnées de leurs gardes du corps les requins. Ca grouille. Pas mal, pas mal.
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| Nos deux amis: pointe noire et raie |



Nous repartons pour nous rendre pratiquement à l’opposé, près de la plage.
En chemin, le ciel gris qui menaçait au loin pendant la matinée se rapproche dangereusement pour finalement éclater en une bonne grosse pluie. Lorsque nous accostons sur un motu, cela s’est calmé et nous nous dépêchons de nous abriter de la petite pluie qui reste. Nico évalue mal la profondeur de l’eau lorsqu’il descend et tombe à genoux. Dans un réflexe inespéré, il maintient la main qui tenait le sac avec l’appareil photo hors de l’eau. On est passés tout près du drame, mais Nico n’a pas eu peur du ridicule pour effectuer ce sauvetage miraculeux. Il a les genoux qui saignent mais tout le monde s’en fout un peu, on préfère se moquer de sa pose improvisée.
En attendant le déjeuner, on patiente en regardant tomber la pluie, qui crée un contraste intéressant entre le bleu du lagon et le gris du ciel. La grand-mère chez qui nous sommes a installé une table couverte de plats tous plus appétissants les uns que les autres. On se jette dessus et on déguste de l’espadon, en steak et cru (le meilleur poisson à la tahitienne goûté), des légumes locaux, des fruits… Certes il ne fait pas très beau pour nos derniers instants à Bora mais on l’a vite oublié.

C’est la fin et nous reprenons le bateau en nous dirigeant vers l’aéroport pour déposer les deux hommes qui repartent directement. Sur le chemin, nous passons devant notre pension, dont nous nous approchons au maximum. Mais nous devons sauter à l’eau pour atteindre le bord. Une petite douche et on termine le séjour en papotant avec Yves et Marie.
Les autres photos sont LA.


























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