Viviane reprend les rênes pour raconter sa matinée.
J’ai donc décidé de zapper la journée sur le glacier et d’utiliser ce budget, plus un gros extra, pour une expérience de skydiving, un saut en chute libre. Je voulais le faire depuis très très longtemps, et je savais que la Nouvelle Zélande était un pays avec de nombreuses opportunités pour ce genre d'activités, mais je ne pensais vraiment pas prendre la décision ici. La première tentation a été un article dans un journal lu par hasard dans un café d’Hamner Springs, à propos de cette agence du village de Franz Joseph qui propose le saut à la plus haute altitude dans l’hémisphère sud. Je m’étais dit : miam. Mais cher.
Une fois à Franz Joseph, la tentation est trop grande et Nico finit de me convaincre en me disant qu’il reste du budget cadeau d’anniversaire, puisque grâce à vous je vais non seulement pouvoir passer ma semaine avec les éléphants très bientôt en Thaïlande mais vous avez été assez généreux pour me permettre de faire encore plus de choses sympas.
Renseignements et tarifs pris, je sauterai de 15000 ft soit environ 4500m, ce qui l’altitude intermédiaire. 12000 c’est trop peu, 18000 c’est trop cher. Je rajoute à cela un supplément non négligeable pour être filmée et avoir des photos pendant le saut, on atteint 299 + 199 = 498 NZ$ soit 275€. Merci les amis !
Nous sommes 6 à sauter ce matin. Petit trajet pour atteindre la base, Nico et Clément nous suivent dans la voiture. Dans le minivan, les autres sauteurs sont stressés mais moi pas. Honnêtement, je pensais l’être, ce qui aurait été normal, mais je suis bizarrement calme et détendue. Je pense que je fais partie des personnes qui pensent qu’une fois qu’elles ont décidé de faire quelque chose comme ça et choisi la personne ou l’organisation pour le faire, alors la confiance est accordée et ça ne sert plus à rien de s’inquiéter. Ma voisine est moins zen, elle se tient le ventre et demande s’il y aura des toilettes juste avant de monter dans l’avion.
La base consiste en une mini-piste et un hangar. Je suis volontaire pour faire partie du premier vol qui va emmener les trois premiers sauteurs. Je fais la rencontre de mon instructeur, Wan. Il est absolument parfait pour moi : calme, posé, pas bavard, technique, juste ce qu’il me faut. Sinon il y a une jeune femme un peu trop mielleuse pour moi, et une espèce de surfeur aux cheveux longs qui n’arrête pas de parler, non merci, je suis très contente de mon attribution.
Wan m’équipe et m’explique le déroulement : on monte à 12000, une des clientes saute. On continue à monter, et sur la fin il me donnera un masque à oxygène. Une fois à 15000, on ouvre la porte, je croise les bras en agrippant les lanières au niveau des épaules et je m’apprête à ranger mes jambes en arrière, l’idée est de former une banane… Dès qu’on sera stabilisés, il me fera un signe, je pourrai libérer mes bras et mes jambes. On a 60 secondes de chute libre, et ensuite environ 6 minutes sous la voile. Si j’ai le mal de mer, ce qui est le cas, il est possible que je ne me sente pas très bien pendant cette phase, il faudra lui dire. J’imagine qu’il en a marre de se faire vomir sur les jambes… A l’atterrissage, on fait jouer les abdos, il faut remonter ses jambes à l’équerre, le plus haut possible et se faire glisser sur les fesses.
Bon, je crois que j’ai compris, j’espère que tout va bien se dérouler, mais toujours pas de stress. Je demande : il a fait 7 sauts la veille. Je pense donc qu’il gère. Mais bon, après justement c’est le genre d’activités où il ne faut pas trop prendre ses aises et être aussi prudent saut après saut…
Je fais également la connaissance de Michael, mon caméraman. Mmmh charmant Michael. Il me demande de dire quelques mots pour la caméra et de donner mes impressions d’avant saut.
C’est parti, on embarque dans le minuscule avion. Il y a un énorme boudin en mousse le long à l’opposé de la porte, nous sommes 4 assis à califourchon dessus, Wan derrière moi, et un autre binôme en face. A côté par terre, le binôme de filles, et deux caméramans sans cameras puisque les autres clients n’ont pas payé le supplément, mais l’agence fait quand même sauter une troisième personne systématiquement, en cas de problème en vol. Donc en gros on paie un supplément seulement pour que cette personne pose une caméra sur son casque… Michael est à côté du pilote. Donc en gros nous sommes 10 dans l’avion en comptant le pilote et nous sommes serrés comme des sardines.
On s’envole, Nico et Clément me font des adieux inquiets.
Les paysages sont… à couper le souffle. C’est bien pour ça que je fais ce saut ici. On aperçoit le glacier Franz Joseph, la mer, la jungle, les montagnes, dont le Mont Cook, qui est certes le plus haut sommet du pays mais on le dépasse allègrement! Alors qu’il a fait un temps dégueu les jours précédents, aujourd’hui c’est graaaaaaaaaand ciel bleu. Si Dieu existe, il a voulu que je m’écrase au sol dans des conditions idéales.
On met un bon quart d’heure à monter à 12000, la porte s’ouvre et les trois filles sautent. La cliente était totalement en panique mais avec l’envie.
Entre temps, Wan nous a attachés. Pour cela, il me dit : « Maintenant, tu t’assieds sur mes genoux. » Hum. Je m’exécute, et je me retrouve dans une position un chouia gênante. D’autant plus qu’il commence alors à harnacher 379 sangles, en serrant le tout au maximum, et je suis de plus en plus collée à lui. A un moment, je lui dis que c’est trop, je peux à peine respirer. En tous cas, pas de souci je suis bien fixée à lui. Tout au long du vol, il checke plusieurs fois l’ensemble, avec une procédure qu’il marmonne en passant ses mains sur chaque fixation. Ça finit de totalement me rassurer, j’apprécie cette concentration et ce sérieux. Il me tend le masque à oxygène assez tôt.
Pendant ce temps, le surfeur en face qui s’occupe d’une femme d’une soixantaine d’années continue de parler tout le temps et ne propose de l’oxygène que 20 secondes avant le saut. Je suis persuadée qu’il n’y a techniquement aucun souci avec lui, c’est juste le style de personne.
Bref, ça y est, c’est à nous. La porte s’ouvre, Michael sort et se pose sur une rampe sur le côté de l’avion, sous l’aile. Il commence à filmer. Wan et moi nous approchons du bord, tant bien que mal car nous sommes un gros paquet à quatre bras et quatre jambes. Et là ce sont les seules quelques secondes d’angoisse. Wan est assis dans l’avion, je ne le suis pas, j’ai les jambes dans le vide, avec le sol très très bas en-dessous. Le vent est puissant. La question fatale s’impose : « Mais qu’est-ce que je fous là ? Je suis conne ou quoi, je suis en train de sauter d’un avion, ça va pas la tête ma fille ? » Mais pas le temps de penser plus que ça, Michael se jette en arrière, Wan pousse et on est éjectés.
Alors là, difficile à expliquer : roulé-boulé avant de se stabiliser, Wan me tape sur l’épaule pour me dire d’écarter les bras, Michael nous tourne autour, et la chute libre. C’est… incroyable. Le vent est un peu gênant mais beaucoup moins bruyant que prévu, je pensais être assourdie mais pas du tout. On a le temps de regarder le paysage, de penser, de savourer. Les sensations sont bien évidemment uniques. Le fait d’être en tandem permet de ne se prendre la tête avec rien, de passer les 60 secondes à vraiment profiter. Impossible de savoir sur le coup combien de temps cela dure, mais à la video c’est bien les 60 secondes. Soudain, Wan et Michael se font signe et Wan tire la poignée, on est arrêtés d’un coup et happés vers le haut dans un mouvement assez brutal. Michael continue à descendre et ouvre plus bas. Il prend de l’avance pour filmer notre arrivée. D’un coup, c’est le calme absolu, presque le silence. Wan me demande si tout va bien, c’est le cas, je suis super bien. On parle un peu, mais sinon je profite encore. Il vérifie toutes les minutes que je ne suis pas malade, en précisant qu’il est désolé mais qu’il est obligé de demander.
Cette phase parait presque plus courte que la chute libre. Je suis dégoutée de voir le sol s’approcher si vite. Comme prévu, j’essaie de remonter les jambes, ce qui n’est pas évident d’une part à cause de mon manque de musculature abdominale, et d’autre part quand on a plein de sangles sur le torse. La vitesse d’atterrissage est beaucoup plus rapide que ce que j’avais imaginé, mais le contact moins violent. On glisse tranquillement sur l’herbe, qui a le bon goût d’être humide de la pluie des jours précédent donc ça aide.
Michael me cueille à l’arrivée. Je suis sur mon petit nuage.
Encore, encore, encore !!!
Allez, pour avoir des impressions encore plus réalistes, voilà la vidéo. Petite remarque, mon seul regret est d'avoir le shaka aux mains une bonne partie de la chute, un peu too much peut-être! Le shaka c'est ce signe polynésien, avec le pouce et l'auriculaire dressés, qui veut dire bonjour, tout va bien, au revoir, enfin un peu tout. Et ce n'est pas qu'un truc de surfeurs, tout le monde le fait tout le temps! D'ailleurs Wan et Michael donnent le mauvais exemple...
Après les exploits de ma chère Viviane et pendant qu’elle attend que soit finalisée la vidéo qu’elle doit récupérer, Clément et moi retournons au Lake Matheson pour voir ce fameux Mont Cook, ce que nous parvenons à faire de justesse avant que les nuages ne le cachent à nouveau.
Un autre plaisir du lac, ce sont les reflets parfaits du paysage dans l'eau.
Les autres photos sont LA.






































Trop cool la video avec le rap SKYDIVE! You're a skydiver now Viviane! MASSIVE! hahahaha En tout cas ca a l'air vraiment super Benjamin
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