mardi 12 octobre 2010

Camino del Inca - Jour 2

Vendredi 1er octobre – 16km, 8h, +1200m de dénivelé

A 5h30 comme prévu, un porteur vient « frapper » à notre tente avec un « coca tea, coca tea ! », et effectivement un coca tea bien chaud à l’entrée pour nous motiver. Les consignes sont en plus de remballer toutes ses affaires le plus rapidement possible, avant le petit dej, pour que les porteurs puissent tout replier et partir au plus vite. Dur dur, et dire qu’on a une journée d’enfer à venir…
Petites mines mais petit dej bien complet pour nous donner de l’énergie : pancake, crêpe fourrée au poulet, pain-confiture… On a du mal à avaler tout ça mais on sait qu’on en aura besoin.

Départ à 6h30 les jambes un peu lourdes et surtout les épaules déjà endolories par le sac de la veille. 


La veille la marche s’était faite relativement groupée mais aujourd’hui Simba a expliqué : il n’y a pas de rythme, chacun fait comme il peut, et lui ferme la marche avec la carotte et le fouet.
Je constate rapidement que mon rythme naturel est plus rapide que le reste du groupe, je me détache donc et avance seule, ce qui me vaudra le charmant surnom de « Speedy Gonzales » …
Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas sportive, mais les petites randos faites depuis notre arrivée, le temps passé en altitude et peut être les quelques mois d’escalade avant le départ qui ont renforcé les jambes et amélioré le souffle, m’aident bien. Dans l’effort, j’apprécie d’être toute seule, de ne pas être obligée de parler et de pouvoir me concentrer ou au contraire de faire divaguer mes pensées. Nico ne se sent pas très bien, il manque de souffle à cause de la maladie et, prétend-il, de l’énoooorme sac contenant mes habits, mais s’accroche.

Le chemin alterne entre des passages arides à flanc de montagne, totalement dégagés donc en plein soleil, et les sous-bois de la « forêt de nuages », luxuriante et dont l’ombre est bien agréable.


A la seconde pause, j’ai 1/2h d’avance sur Nico, le premier derrière moi, et 45mn sur les derniers. Peu importe en soi mais je suis très contente d’encaisser et assez étonnée de si bien avancer. Je marche très régulièrement, en respirant également très régulièrement, et surtout très peu d’arrêts, seulement quelques secondes le temps d’une gorgée ou d’une photo, mais les longues pauses me tuent. Repartir est un calvaire à chaque fois. 


Après ces 3h30-4h déjà passées, on entame la partie infernale de la journée, la fin de l’ascension vers le 1er col du trek, le Warmi Wañuska (Dead Woman’s pass) à 4200m, point culminant des 4 jours. L’horreur vient des marches en pierres du chemin, irrégulières, sur une pente de plus en plus abrupte et découverte. Seulement 1h-1h30, mais cela parait une éternité, vraiment terrible pour les jambes et les épaules sur lesquelles le sac pèse un peu plus lourd à chaque pas. C’est vraiment l’impression que cela donne, et encore mon sac est un peu lourd mais compact, ce qui me rend assez mobile donc je peux zigzaguer sur les marches pour trouver le tracé le plus régulier, alors que celui de Nico est énorme et encombrant.

Les dernières minutes, avec le col en point de mire, sont un enfer. Personnellement, je me motive par des « Go go go ! ». Tout le monde souffre, je double des gens vraiment mal, mais bon tout le monde avance petit à petit. Certaines personnes déjà arrivées encouragent bruyamment les autres et les applaudissent à l’arrivée, c’est insupportable. En même temps c’est pas mal, malgré la peine on a envie d’accélérer le pas pour aller les frapper…

Nico en plein effort
Mark encourage
La dernière montée, infernale
En tous cas, en ordre dispersé, tout le groupe arrive et c’est la fête ! We did it ! Longue pause bien méritée pour enfin admirer le paysage totalement grandiose, qu’on avait un peu négligé dans l’effort, dont le Nevado Veronica (5822m) dans les nuages, découverte de l’autre versant tout aussi joli, photos souvenirs…


On savoure ce moment et on repart vers 13h pour rejoindre le 2ème camp où nous attend notre déjeuner. La descente se fait également par des marches, ce qui est extrêmement cruel pour les genoux après la matinée de montée et nécessite encore plus de concentration. En plus il se met à pleuvoir et le côté Kway/cape – marches glissantes n’apporte pas une énorme satisfaction. Là aussi, mon rythme s’avère être un peu plus rapide et je me retrouve seule, sous la pluie. Ce n’est pas drôle drôle mais le paysage est encore magnifique. Nico galère de son côté, avec le sac qui lui fait vraiment mal au dos car le kway empêche le sac d’être bien calé sur les hanches donc tout porte sur les épaules. En plus, Nico est spécialement prudent sur les escaliers, de peur de se blesser les genoux, en mémoire émue de son aventure à l’Emai Shan en Chine, Dead s’en souviendra… 

Descente sous la pluie
Le campement en ligne de mire
La montée du lendemain
J’arrive au campement de Paq’aymayu (3500m) vers 14h30 et m’écroule dans la tente. Les autres arrivent dans la demi-heure qui suit. Nico est défait. La maladie, le sac, tout s’accumule et la journée a été difficile…

Un picaflor (colibri)
On enchaine directement avec le déjeuner. Après autant d’efforts, l’estomac est un peu  noué mais on fait honneur au chef.
Le repas avalé chacun se précipite dans sa tente pour la sieste. On s’endort comme des bébés.

A 17h30, je retrouve Jeroen et Karla pour le thé « optionnel ». Effectivement, il n’y a pas d’autres sur pied. On parle beaucoup, on rigole bien. On est rejoints petit à petit par Caroline et Mark puis Nico.

Nico étant toujours bien malade, Caroline nous parle d’un médicament radical contre la crève qu’elle utilise et qu’elle propose à Nico d’essayer, à base d’huile d’origan. Nico est prêt à tout pour guérir donc il est partant. Marc lui verse une dizaine de gouttes sous la langue, le résultat est immédiat : Nico manque de s’étouffer en toussant et en hurlant des choses pas très polies. Apparemment c’est du costaud ! Notre théorie : c’est tellement dégueu qu’après la maladie semble presque agréable ! Et ce qui est excellent c’est qu’étant de l’origan et bien ça sent vraiment la pizza ! Mais bon il en reprendra deux autres fois histoire de compléter le traitement. Quelques minutes après, Simba et Libe nous ayant rejoints pour le dîner de 19h, on le convaincra d’essayer l’origan sans vraiment lui dire ce que c’était. Fou rire à sa réaction, énorme !

Les têtes sont un peu décomposées, on n’a toujours pas très faim mais on a besoin de récupérer des forces donc on se motive. Et puis l’ambiance est certes un peu fatiguée mais l’esprit est bon, on est tellement contents d’en avoir terminé avec cette journée ! On se remémore les difficultés de la journée, on s’auto-congratule, ça, c’est fait !

Coucher rapide, mais demain on a de la chance, c’est grasse mat, lever 6h30!

Les autres photos sont LA.

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