vendredi 29 octobre 2010

Lac Titicaca version Bolivia

Samedi 16 octobre – Lac Titicaca : Isla del Sol

Pour situer, l’Isla del Sol est la plus touristique du Lac Titicaca car tout d’abord elle est tout à fait jolie, et par ailleurs il s’agit d’un site extrêmement important de la culture inca car elle est, d’après la légende, le lieu de naissance du Soleil, et sa voisine l’Isla de la Luna celui de la Lune évidemment. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler.

Nous laissons nos gros sacs à l’hôtel et embarquons légers sur le bateau de 8h30.
Fou rire sur le port à la vue d’un chien éternuant en se contorsionnant de façon tout à fait improbable. Sans l’image vous avez du mal à partager mon enthousiasme, mais je vous assure que j’en rigole encore en y repensant.
Etant arrivés tôt nous sommes bien installés, enfin façon de parler car les chaises étroites en bois agglutinées dans le bateau pas très bien isolé ce n’est pas le grand luxe non plus, mais les retardataires auront eux la chance de voyager sur le pont, pendant 2h30 de vent frais, mmmmh. Pendant le trajet, nous retrouvons Jürgen, un Allemand rencontré sur l’Isla Taquile deux jours avant, et discutons avec un couple allemand également très sympa. J’avais un bon a priori du type car lui aussi rigolait du chien sur le port, j’en conclus que cet homme a vraiment beaucoup d’humour. Nos conjoints sont moins convaincus…

Après cette longue navigation sans beaucoup profiter du paysage pour cause de pas très bonne configuration du bateau, nous débarquons sur la partie nord de l’île. Nous avons décidé d’y passer une nuit donc nous aurons tout le temps pour la visiter, tandis que ceux qui souhaitent repartir le jour même devront se dépêcher de la traverser pour récupérer le bateau de 15h20 au sud.

Nous payons le droit d’entrée et c’est parti pour la grimpette vers la crête de l’île. Il fait beau, les paysages s’annoncent splendides.
Nous découvrons des vues superbes du lac, avec encore une fois des airs d’île grecque, mais avec sur l’autre rive des chaînes de montagne à 6000m en plus.



Les petits se réfugient dans l'ombre de la mère, mimi non?

Au bout d’une petite heure,  nous atteignons l’extrémité nord de l’île. On y trouve les lieux sacrés des Incas.

Tout d’abord le Titi Khar’ka, le « rocher du Puma », qui a donné son nom au lac. Il est censé en avoir la forme mais on n’est pas très sûrs de l’avoir trouvée…
Sur le rocher se trouvent entre autres quatre cavités, à gauche le Refugio de la Luna et à droite le Refugio del Sol. C’est tout simplement ici même que le Soleil aurait fait sa première apparition, avant celles du dieu Viracocha et de Manco Capac, le premier Inca, et de Mama Ocllo, sa sœur/épouse, qui ont fondé l’empire. L’île est donc le berceau de la création pour les Incas, mais aussi encore aujourd’hui pour les aymaras et les quechuas.

Refugio de la Luna y Refugio del Sol
Près du rocher on découvre les empreintes du Soleil, laissées après son apparition. La classe non ?


Il y a également la Mesa Ceremonica, une table où se déroulaient des sacrifices. Nico en a profité pour procéder au mien, histoire de se garantir les faveurs du Soleil pour le reste du voyage.


Bon, finalement Nico décide de me garder et je profite du soleil, qui n’a pas l’air vexé, pendant qu’il grimpe au sommet de la colline voisine. La vue sur la longueur de l’île est impressionnante.



Nous repartons, en direction du sud cette fois, le long du sentier qui suit la crête de l’île. Nous sommes les derniers, ayant pris notre temps puisque nous n’avons pas de bateau à prendre, donc super tranquilles, dans un calme absolu.


L’environnement est assez aride et sec malgré la proximité de l’eau, ce qui offre un très joli contraste. Les 2500 habitants sont réunis dans trois villages donc ailleurs il n’y a pratiquement aucune trace humaine, à part quelques cabanes de bergers et quelques maisons en bas au bord de l’eau. Les vues sont vraiment belles, avec les îlots voisins, l’eau calme, et les montagnes du continent à l’horizon. L’île étant très étroite, on peut voir de chaque côté.




Partis à 10h45 du port, nous mettons 4h30 pour atteindre le village de Yumani au sud. La marche est superbe, mais un peu longue sur la fin, le soleil tapant fort et l’estomac criant famine. Nous pensions trouver quelque chose à grignoter sur le chemin mais rien du tout, à part une petite baraque posée au milieu de nulle part, devant laquelle une porte faite de trois bouts de bois est gardée par un monsieur réclamant un droit de passage entre le nord et le sud de l’île…

A l’entrée du village, la même sorte de porte, avec une dame demandant 5 bolivianos (0,5€) cette fois pour accéder à Yumani. On paie de bon cœur mais c’est quand même un tout petit peu désagréable. Nous n’aurions absolument rien dit si le ticket d’entrée sur l’île payé à notre arrivée avait été plus cher et que nous n’ayons pas eu à sortir le porte-monnaie 40 fois. Ce n’est pas le problème de payer en tant que tel, mais d’avoir la surprise d’avoir à le faire toutes les 5mn, ce qui arrive souvent lors des visites depuis le début du voyage.
De là à faire comme cet Australien et cet Israélien devant nous… En approchant du « péage » nous les avons aperçus en train d’essayer de grimper sur la colline, entre les broussailles, le tout avec de petites chaussures et une guitare à la main. On se demandait ce qu’ils tramaient jusqu’à ce que l’on comprenne qu’ils essayaient tout simplement de resquiller les 5 bolivianos… Mesquin. Ils ont finalement abandonné et ont dû revenir sur le chemin, et passer devant la dame, qui a dû bien rire car ils ne sont malheureusement certainement pas les premiers à avoir voulu radiner une piécette. Ils ont même donné leur ticket à un type qui venait en sens inverse, pour lui éviter de payer. Mmmmh quel soutien à l’économie locale, une vraie leçon.

Nous choisissons un hôtel sur l’autre versant, face aux montagnes. La chambre est simple mais propre, avec une jolie vue. En revanche, l’eau courante est rare sur l’île et la plupart des habitants doivent aller chercher l’eau à une source se trouvant sur le port, en la remontant à dos de mulet. Les toilettes sont communes, et à chasse occasionnelle par la patronne, miam.

Déjeuner tardif au restaurant en face, toujours avec vue, au soleil, un petit bonheur.
Je peux même ensuite aller trainer sur internet dans une salle du resto avec plusieurs ordinateurs ultra-modernes et une bonne connexion. Pas d’eau courante certes, mais internet haut débit, ironique.

La sieste qui suit nous emmène plus tard que prévu dans la soirée. L’hôtel est plongé dans le noir car la patronne s’est rendue à une fête dans le village en oubliant d’enclencher l’électricité…  Quand nous lui avions demandé quelle était cette fête dont on avait entendu la musique en arrivant dans le village, elle nous avait expliqué que non ce n’était pas une fête mais une réunion de commerçants. Etant donné le taux d’alcoolémie des petits vieux et des petites vieilles en costume traditionnel qu’on a vus rentrer en marchant en zig-zag ce soir-là, c’était une sacrée réunion. En attendant, les hôteliers de l’île ont un peu abandonné leur business et nous voyons des touristes errer sur les chemins du village. Tous les restaurants sont fermés pour l’occasion, et de toute façon nous nous sommes réveillés trop tard. Ce sera donc biscuits et eau dans la chambre… Mais avant, coucher de soleil magnifique…





Dimanche 17 octobre – Lac Titicaca : Isla del Sol et Copacabana

Matin frais sur l’Isla del Sol, qui se transforme en matin pluvieux. On prend un petit déjeuner copieux mais pas extraordinaire à l’hôtel avant de partir tranquillement se balader dans le village, en descendant vers le port. On croise les nouveaux arrivants du bateau du matin qui peinent à monter avec leur sac sur le dos. On arrive rapidement au bord du lac, où se trouve un des éléments importants de l’île : la Fuente del Inca, la « fontaine inca » comme son nom l’indique. C’est une source naturelle qui alimente le jardin en terrasses qui la borde et reste encore aujourd’hui le point d’alimentation en eau douce principal de cette partie de l’île. Nous avons effectivement croisé plusieurs convois d’ânes en descendant, transportant chacun deux gros bidons. Pour les Incas, cette source coulant en trois flux représentait leur devise : « Ama sua, ama llulla, ama khella » soit « Ne vole pas, ne mens pas, ne sois pas paresseux ».
Manco Capac et la Fuenta del Inca
Nous sommes très en avance pour le bateau, nous nous posons donc face au lac. Nous sommes rapidement approchés par un vieux monsieur courbé avec une tête improbable qui nous demande si on va à Copacabana. Bien mal nous a pris de lui répondre, il se met à répéter 50 fois « No quere, no quere, no quere… » c’est-à-dire « Il ne veut pas, il ne veut pas, il ne veut pas… » Mmmmh ok, très bien. Nico essaie d’échanger trois mots cohérents mais le monsieur n’a pas l’air de vouloir ou pouvoir réellement interagir. On comprend quand même finalement que le « no quere » concerne le capitaine d’un bateau parti plus tôt et qui avait refusé de le transporter jusqu’à Copacabana. Faute de conversation constructive, iI se colle à Nico sur le banc, en silence, mais en raclant régulièrement sa gorge de manière tout à fait désagréable. Ce n’est pas de sa faute vraiment, mais Nico a du mal à supporter. Je m’éclipse lâchement pour un tour au baño et laisse Nico à son tête à tête charmant. Au retour, on s’enfuit comme des voleurs, pas classe. Le temps de faire un tour sur l’escalier inca qui borde la source, et on redescend discrètement en se planquant dans un coin. Le monsieur a trouvé d’autres amies en de jeunes Allemandes qui nous raconteront par la suite qu’il répétait sans cesse « sac à dos, sac à dos, sac à dos » en montrant le leur…
Le bateau amarré, c’est la guerre pour obtenir une place à l’intérieur et non sur le pont. On arrive à nos fins, mais, évidemment, Nico se retrouve côte à côte avec le papy pendant 2h... Aaaah voilà, on a été méchants, on est punis, bien fait. Enfin j’avoue que j’ai été moins punie que Nico, mouhahahaha.

De retour à Copacabana, on décide de profiter de l’almuerzo, le menu du jour, du restaurant de l’hôtel. Tout se passe bien, le repas est quelconque mais tellement bon marché (1,5€) qu’on ne peut pas trop se plaindre. Le patron, qui est également celui de l’hôtel semble-t-il, nous sert lui-même.

Après la sieste, je m’aperçois que j’ai oublié mon appareil photo, la prunelle de mes yeux en voyage, sur la chaise du restaurant. Si ça vous rappelle quelque chose c’est d’abord que vous êtes des fanatiques du blog et c’est un peu flippant, et que oui ça m’était déjà arrivé au petit déjeuner du tour du canyon de Colca, mais heureusement Nico s’en était aperçu tellement vite que l’appareil n’avait pas eu le temps de disparaitre. Je descends en panique et tombe sur le patron et sa femme en train de fermer le restaurant. Je lui demande s’il l’a vu, non il n’a rien vu, et puis il y avait des hommes qui sont venus après, derrière, à côté de notre table etc. Mmmh sa réaction semble un peu bizarre. Il n’est pas très coopératif et cette façon de tout de suite détourner l’attention sur d’autres, ça ne sent pas bon. Mais que faire, j’ai oublié 700€ en libre-service, tant pis pour moi.
Tout en sentant la grosse déprime me tomber dessus, je croise une Française que nous avions vue déjeuner à la table voisine de la nôtre avec son copain. Il se trouve qu’ils résident aussi à l’hôtel. Entendant l’histoire, elle me dit qu’elle a vu l’appareil, ainsi que mon kway que j’avais totalement zappé dans l’histoire, sur la chaise, que la famille qui était derrière nous est partie sans rien toucher et qu’elle a bien fait attention à la réaction du patron et qu’elle est sûre et certaine qu’il ne peut pas ne pas l’avoir vu. Elle est désolée de ne pas avoir pris les affaires mais elle ne savait pas comment nous retrouver. Elle est d’accord pour raconter tout ça au type. Mmmmh intéressant.
Avec son copain, nous alpaguons le patron sur sa terrasse qui donne sur les balcons de nos chambres. Il commence par répéter son histoire, mais face à l’insistance de l’autre couple sur le fait qu’ils l’aient vu, il perd un peu de son assurance. Nico intervient pour indiquer qu’on va être obligés d’aller faire une déclaration à la police, sans l’accuser mais en précisant que c’est nécessaire pour l’assurance. Bizarrement, le discours change. Il baragouine que finalement il y a un type qui a vu ou pris l’appareil, que pour l’instant il est parti faire un foot mais qu’il doit être sur le chemin du retour et que dans une heure on en saura plus, qu’on va pouvoir régler tout ça il en est sûr. L’enfoiré… Ce type qui est donc patron d’un hôtel et d’un restaurant référencés dans un guide donc avec un business qui tourne et qui a tout à perdre avec ce genre d’histoires, fait malgré tout preuve d’une malhonnêteté qui fait mal. Il sait très bien que nous sommes clients de l’hôtel, que des gringos ne passent pas comme ça sur la perte d’un objet de cette valeur, et pourtant il fait quand même. On est hallucinés par sa connerie. Mais bon, comme je le disais, c’est 700€, 7 mois de salaire moyen en Bolivie…
Une heure passée à stresser dans le café internet en face, et on revient le cœur battant. On croise un jeune homme vu précédemment glander entre l’hôtel et le resto, qui ne m’avait déjà pas plu pour plein de petites raisons. On comprend que c’est lui celui qu’on attendait, mais il nous croise en baissant la tête. Le patron nous attendait et descend tout de suite avec toutes les affaires à la main, un grand sourire sur les lèvres. Soulagement IMMENSE, j’avais les larmes aux yeux. Nico avait décidé d’avance de jouer les hypocrites avec lui, et c’est ce qu’il fait en le remerciant mille fois. Je ne lui adresse pas la parole. Encouragé, il tend la main en réclamant un billet pour le service d’avoir tout retrouvé… Oooooh. Que faire. Evidemment, la première réaction est de lui casser la gueule, mais d’abord il est costaud, et plus sérieusement on a encore une nuit à passer dans son hôtel, et quelques heures avec nos affaires sans surveillance dans la chambre pendant le dîner, ayant totalement la flemme de trouver autre chose pour une petite nuit avant le départ. Tellement contents d’avoir retrouvé l’appareil, on lui lâche 20 bolivianos (2€) pour avoir la paix. Ça fait mal mais c’est un moindre mal par rapport au fait de devoir racheter l’équipement et de faire la guerre au mec. Peu importe pourquoi ni comment, on a l’appareil donc le reste n’est plus très important.
En tous cas, il va avoir un commentaire salé sur les sites internet de voyageurs, et un courrier au guide pour raconter l’histoire. Et j’ai retenu la leçon, je ne quitte plus mon appareil. Je ferai mentir le « jamais deux sans trois ».

On va fêter ça en prenant l’apéro dans un bar. Nico est sympa, il ne m’engueule pas. Mais il me rappelle tellement souvent qu’il ne l’a pas fait que c’est un peu comme s’il l’avait fait non ?
On dîne avec nos sauveurs français, en leur offrant un verre par la même occasion, c’est quand même leur intervention, couplée avec la menace de la police, qui nous a sortis du pétrin. Le type pensait certainement pouvoir gérer deux gringos, mais quatre c’était peut-être un peu trop.
On échange nos bons plans puisque eux partent dans le sens inverse de nous. Soirée très sympa.

Nous nous endormons soulagés, et pressés de quitter cette ville qui décidément ne nous a pas convaincus, surtout certaines personnes…

Dead, notre ressenti est totalement à l’inverse du tien, mais à la relecture de ton séjour tu as eu un coup de chance monstrueux peut être sans le savoir en tombant sur une fête religieuse ayant lieu une fois par an et attirant des fidèles de tout le pays et même du Pérou. En dehors de cette période, Copacabana est remplie de touristes, dont beaucoup de dreadeux, et vraiment sans charme…

Demain, La Paz, on change de style, à nous la grande ville !

Les autres photos sont LA.

2 commentaires:

  1. Beaucoup aimé l'histoire du petit vieux qui radote!

    Et Bibus, FAIS ATTENTION à ton appareil photo!!! (un bravo à Nico qui ne t'a pas engueulé mais tout comme ;)...

    Bonne route!
    Biz
    Bibi

    RépondreSupprimer
  2. Oui, je le vois d'ici te répéter toutes les 5 minutes : "Tu remarqueras quand même que je ne t'ai pas engueulée..."
    Insupportable ! ;-)
    Bon, à part ça, tes photos du Lac Titicaca sont sublimes ; mention spéciale au coucher de soleil sur la grosse montagne côté bolivien.
    Bisous.

    RépondreSupprimer