jeudi 21 octobre 2010

Lac Titicaca version Perú

Mercredi 13 octobre – Lac Titicaca : Isla Uros et Isla Amantani


Après un petit dej expédié car pas top, nous nous rendons au port pour embarquer vers les îles. Nous nous décidons pour un trajet Islas Uros - Isla Amantani – Isla Taquile, incluant une nuit à Amantani.
Nous nous retrouvons à 6 dans le bateau, avec un coupe greco-suisse, un Lyonnais et une Australienne.
Départ 8h30 pour nos premiers instants sur le lac Titicaca, dont le nom nous faisait rêver depuis longtemps. C'est le plus haut lac navigable du monde avec ses 3810m d'altitude et la plus grande étendue d'eau douce d'Amérique du Sud. Il est partagé entre le Pérou et la Bolivie. Il compte une quarantaine d'îles mais seulement quelques unes sont habitées.

Nous nous dirigeons vers les îles flottantes d’Uros, une demi-heure entre les massifs de roseaux et un paysage superbe du ciel se reflétant dans le lac.




Les îles sont les plus touristiques du coin. La communauté des Uros s'y est réfugiée alors qu’ils étaient persécutés par les autres tribus du continent. Ils ont amarré entre eux des blocs de terre « flottante » et les ont recouverts de roseaux coupés pour former des îlots sur lesquels ils vivaient. Aujourd'hui, les habitants ne sont pas réellement des Uros mais des Aymaras.
Le lieu est unique, avec cette impression étonnante quand on marche de moquette épaisse qui s’enfonce sous les pas, et leur culture vraiment étonnante, mais l’exploitation touristique nous met mal à l’aise. Chaque îlot attend son bateau de touristes, leur explique en quelques minutes comment sont construites les îles, leur mode de vie et passe rapidement à l’artisanat vendu sur place. On nous propose ensuite un petit tour en bateau de roseaux, pour 5 soles. Tout le groupe est unanime pour refuser mais on constate qu’on est les rares dans ce cas car sur le canal on aperçoit de nombeaux « bateaux Mercedes Benz » comme ils les appellent car ce sont des versions modernes dix fois plus contenantes que leur forme traditionnelle, avec des groupes de touristes obligés de s’asseoir dans une configuration vraiment ridicule etc.
File de bateaux de touristes
Mais bon on apprend quand même des choses intéressantes : il y a 51 îles avec 8 familles sur chaque, qui vivent vraiment là en permanence, ce dont nous doutions à la base. Les couches de roseaux doivent être renouvelées tous les 15 jours, en ajoutant une couche fraîche sur celle qui commence à pourrir. L’ensemble fait 1,5m d’épaisseur, le lac faisant entre 6 et 20m dans cette zone. Les îles sont amarrés par des pierres au fond de l’eau mais les maisons, elles, ne sont pas fixées et doivent être refaites tous les 3 mois. Ils ont l’électricité grâce à des panneaux solaires.

Démonstration de construction des îles


Costumes traditionnels

Dans l’ensemble, nous sommes contents d’avoir vu mais on ne peut que regretter de ne pas l’avoir fait avant le développement du tourisme de masse.

La navigation continue ensuite pendant 3h, pour la plupart dans la zone étranglée du lac dans laquelle se trouvent Puno et les Islas Ugos, puis, après avoir passé le détroit, dans la zone ouverte du lac.
L’intérieur du bateau est très confortable avec des banquettes recouvertes de feutre moelleux donc tout le monde se repose tranquillement, mais l’odeur d’essence me monte à la tête donc je passe tout mon temps en haut à l’air libre, très frais mais vivifiant (ce mot me fera toujours penser à Astérix…)
Le lac est tellement grand que l'on a l’impression permanente d’être en mer, une mer assez calme mais clairement une mer. Une fois passé le détroit, dans la longueur du lac, on ne voit que l’horizon.
Mais la température nous empêche quand même de nous croire en Méditerranée, nous sommes quand même à 3800m d’altitude donc il fait froid.




Nous arrivons sur l’Isla Amantani à 13h. C’est une île un peu plus grande et surtout beaucoup plus peuplée que sa voisine Taquile mais moins touristique, ce qui nous a attiré. 

L'Isla Amantani
Nous sommes les premiers arrivés au port, et le capitaine nous demande de le suivre sur un chemin qui grimpe vers le village. Nous remarquons toutes les femmes en tenue traditionnelle, avec les jupes bouffantes, les chemises blanches brodées et le long châle noir brodé sur la tête qui tombe dans le bas du dos. Celles qui travaillent dans les champs ont des tenues un peu plus simples, mais toujours avec la jupe bouffante. On constate que les outils utilisés n’ont pas dû changer depuis quelques siècles…



Entrés dans le village, le capitaine nous indique une maison dans laquelle quatre d’entre nous logerons. Nous y allons, accompagnés de Francizca et Harris, l’autre jeune couple du groupe.
Sur l’île, les hébergements des touristes suivent une rotation, chaque communauté de cinquante familles recevant un jour. Le père de notre famille d’accueil, qui était sur le bateau avec nous, nous expliquera le soir qu’il reçoit donc de gens trois à quatre fois par mois, et qu’à chaque fois il va jusqu’à Puno en utilisant un des bateaux de la communauté pour aller chercher ses invités.

La maison est très simple, en briques rouges non cuites comme la plupart des maisons ici et sur le continent, avec une petite cour propre autour de laquelle sont installées en bas les pièces communes et à l’étage les chambres, distribuées par une travée. Nous ne savions pas trop à quoi nous attendre mais nous trouvons finalement une petite chambre très mignonne, avec de vrais bons lits aux couvertures en laine nombreuses, ce qui est important pour les nuits très froides de cette altitude et de cette saison. Certes même moi je dois baisser la tête en passant les portes tellement elles sont basses, ce qui est un comble, mais sinon nous sommes bien installés.

Vue sur le lac

Nous patientons en attendant le déjeuner derrière la maison, au soleil, en admirant le paysage. Harris confirme qu’on se croirait vraiment sur une île de la Méditerranée, et on doit vraiment faire un effort à chaque fois pour se rappeler qu’il s’agit d’un lac et que nous sommes à 3800m d’altitude.

Pas mal la vue des toilettes rouges non?
Le déjeuner est très simple mais avec notre appétit peu importe. Il est servi par Marlin, la fille de la maison, qui a 24 ans, et est très souriante et gentille. La salle à manger est également la cuisine, et on constate qu’elle prépare le repas sur le feu.


Dès que nous avons terminé, Rufina, la mère, nous accompagne un bout de chemin vers le haut du village, pour nous indiquer la voie pour nous rendre au sommet de l’île. Nous retrouvons en route Denise et André, les autres membres du groupe, qui logent dans une autre famille et commençons à grimper les 300m restants.
Nous croisons d’autres touristes, que nous avions vus arriver au fur et à mesure en attendant notre déjeuner. Nous montons entre les terrasses agricoles qui occupent l’intégralité des espaces non construits de l’île, et arrivons à Pachatata puis on suit le sommet vers l’autre côté et Pachamama, les deux sites où ont lieu tous les ans les cérémonies en hommage à la « Terre-Père » et à la « Terre-Mère ». Ils n’ont rien d’exceptionnel en soi mais ils permettent d’avoir un magnifique point de vue sur tous  les côtés de l’île. Le temps étant orageux, les lumières sont très belles.

Les mecs se joignent à une partie de volley



Nous redescendons avant la nuit, et nous réfugions dans nos chambres pour nous réchauffer et nous reposer. Nous voyons la famille travailler dans le champ derrière la maison, à planter des sortes de petites patates douces.
Nous sommes appelés pour dîner à 19h30. Les trois membres de la famille sont là. Ils s’excusent du retard et nous expliquent qu’ils ont profité du fait qu’il avait plu la veille pour travailler la terre devenue plus molle.
Le repas est à nouveau simple mais très bon. Nous posons beaucoup de questions à Jose. Il nous explique par exemple qu’il y a trois écoles primaires et un collège sur l’île pour les 4000 habitants, mais le lycée est à Puno, donc à plusieurs heures de bateau. Ils ont l’électricité depuis 6-7 ans maintenant, grâce à un panneau solaire qui a coûté 1200 soles soit environ 400 euros.
Jose parle bien espagnol, mais parfois il ne comprend pas bien nos questions et demande donc à sa fille de traduire en quechua.
En fin de repas, il nous demande si nous voulons allez à la peña dont nous entendons la musique depuis un moment. Nous hésitons un peu mais décidons d’aller jeter un œil. Marlin a l’air un peu déçue que l’on ait accepté, on comprendra ensuite que c’est parce qu’elle doit alors se changer pour mettre son costume traditionnel. Elle propose à Francizca et moi d’y aller également en costume mais nous refusons. Les mecs enfilent eux un magnifique poncho en laine de lama…
Nous partons tous les cinq, pas trop loin puisque la peña a lieu dans le bâtiment communautaire voisin de la maison. En arrivant on comprend rapidement qu’on ne restera pas très longtemps, comme prévu, car tous les touristes présents sur l’île ce soir-là sont réunis et l’ambiance ne nous plaît pas beaucoup. Nous sommes pratiquement les seuls sans costume, et le tout fait très artificiel. Toutes les femmes des familles d’accueil se sentent obligées d’inviter les gringos à danser, sans grande motivation. Le seul moment où les jeunes femmes ont eu l’air de sincèrement s’amuser était quand les touristes ont préféré transformer la danse « traditionnelle » en chenille un peu excitée… Bref, ça ne nous était pas beaucoup arrivé depuis le début du voyage, mais c’est la seconde fois que nous atteignons nos limites en matière de consommation touristique après certains moments passés dans la vallée de Colca.
Francizca et moi passons quand même un bon moment à faire nos langues de vipère sur les touristes femmes mal fagotées et boudinées dans leur costume enfilé par-dessus les jeans et les polaires, les touristes hommes avec leur bonnet en laine à pompons et leur ponchos… Une petite dose a été réservée à Harris et Nico également en ponchos…


Nous partons finalement un peu plus tard que prévu car nous attendions que Marlin en ait terminé  avec un jeune homme dont la conversation avait l’air de la passionner et la faire beaucoup rire. Le tête à tête se prolongeant, nous l’avons prévenue que nous comptions rentrer, mais finalement elle nous a précisé qu’elle allait rester un peu plus… Elle qui trainait des pieds pour venir, il semblerait qu’elle ait trouvé une bonne raison de prolonger la soirée !
La nuit est finalement très confortable, avec toutes les couvertures nécessaires pour avoir bien chaud malgré le froid ambiant.

Jeudi 14 octobre – Lac Titicaca : Isla Amantani  et Isla Taquile

Lever matinal mais simple puisque pas d’eau et pas de douche donc pas grand-chose à faire. En attendant le petit déjeuner, on profite du soleil et de la superbe vue.

Les hommes descendent vers le port
Lorsqu’on passe à table, Marlin nous a préparé des crêpes. Pas beaucoup de quantité, mais c’est très bon.
Rufina et elle ont remis leur costume traditionnel. Toutes les femmes des familles d’accueil font cela pour raccompagner les invités au bateau. Nous en profitons pour faire une photo dans la cour de la maison.
 
A l’heure prévue, nous quittons la maison pour rejoindre le port. L’impression est très drôle car le port étant en bas de la colline, nous voyons converger des processions descendant de toutes les directions, avec des touristes, repérables de très loin à leur tenue sportive et à leur sac à dos, en files indiennes, précédés par une femme à jupon de bouffant de couleur vive, chemisier brodé et coiffe noire.
Nous disons au revoir à Marlin sur le quai, retrouvons le reste de notre groupe, et embarquons avec  Jose et Rufina aux commandes du bateau, direction l’Isla Taquile voisine.
Le trajet est magnifique, sous le soleil, avec  ces îles superbes posées sur le lac.

L'Isla Taquile



Harris et Francizca
Après une petite heure nous arrivons à Taquile, moins peuplée mais plus touristique qu’Amantani. Jose nous explique qu’il nous retrouvera plus tard dans un autre port de l’autre côté de l’île et que Rufina nous y mènera. En revanche, si nous avons des questions c’est à lui qu’il faut les poser tout de suite car Rufina ne parle que quechua et pas du tout espagnol…

Anecdote rigolote : ont rejoint le groupe la veille aux Isla Ugos un coupe argentino-espagnol. Denise et André qui ont logé dans la même maison qu’eux sur Amantani nous avaient déjà signalé qu’ils étaient un peu bizarres. André en particulier nous avait raconté en riant que lorsqu’ils lui avaient parlé en français, il avait compris les mots mais pas le sens… En gros ils déliraient sur le Soleil, qu’Amantani était le lieu de naissance de l’humanité etc. Arrivés à Taquile, Jose leur avait demandé, étant les seuls hispanophones du groupe, de jouer les intermédiaires en cas de besoin. Mais finalement nous nous retrouvons à faire l’inverse, car bizarrement ils n’arrivent pas du tout à communiquer avec qui que ce soit en espagnol, c’est tout simplement ahurissant. Ils sont les seuls à ne pas avoir compris le lieu de rendez-vous etc. En gros, ils ont l’air de deux babs ayant un peu cramé du cerveau, avec des médaillons bizarres autour du cou, et probablement vénérant le soleil. Intéressants !
Nous entamons notre balade avec Rufina comme guide silencieuse. Les paysages sont apaisants, proches de la Grèce, ce qui est confirmé par Harris.




Nous arrivons sur la place centrale de Taquile, qui reste malgré tout très modeste. Chacun part de son côté profiter du coin à sa façon. Nous nous retrouvons pour le déjeuner, d’une excellente truite du lac, sous un soleil parfait, avec une vue plongeante sur le lac brillant. Un pur moment de plaisir !

Il est déjà temps de repartir, et nous redescendons vers le bateau avec Jose. C’est parti pour 3 heures de navigation, ensoleillée contrairement à la veille. On ne quitte pas le pont, allongées tranquillement à papoter entre filles en avalant des bonbons.... Autre pur moment de plaisir !



Une fois de retour à Puño, nous quittons Francizca et Harris en convenant de se retrouver pour le dîner.
Après quelques moments de repos à l’hôtel, nous ressortons nous balader en ville, qui décidemment n’a vraiment aucun charme. N’ayant rien de mieux à faire, nous allons acheter nos billets de bus pour le lendemain mais nous nous posons rapidement dans un bar à siroter des cocktails pas très convaincants, mais avec l’avantage du wifi. Nous retrouvons nos compagnons plus tôt que prévu, la ville n’ayant qu’une rue centrale où sont agglutinés tous les restaurants et bars, c’était prévisible. On s’entend décidément vraiment très bien et la soirée continue dans un restaurant qui s’avère être un excellent choix : ceviche (poisson cru mariné dans du citron et des herbes) pour les filles, papas con queso (pommes de terres couvertes de formage fondu) pour les mecs, puis alpaca strogonoff pour tout le monde, c’était excellent, certainement un des meilleurs repas depuis le début du voyage. Et en très bonne compagnie.
On se quitte à regret, nos chemins se séparent là puisque eux partent vers le nord alors que nous descendons vers le sud.
Voilà qui clôt notre séjour au Pérou, demain matin nous restons sur les bords du lac Titicaca mais côté bolivien cette fois!

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